C’est le 15 novembre 1908 que le Congo (actuellement Zaïre) est devenu colonie belge par une loi ’sur le gouvernement du Congo belge, couramment appelée la Charte coloniale. Votée par les Chambres et signée par le Roi le 18 octobre avec contreseing ministériel, cette loi organisait le système des pouvoirs dans la colonie et, pour l’essentiel, elle est restée en application jusqu’au 30 juin 1960, c’est-à-dire jusqu’à l’indépendance du Congo et la fin de l’époque coloniale belge. En fait, on ne peut expliquer la loi de 1908 qui fait de la Belgique une puissance coloniale en Afrique centrale sans rappeler, fût-ce de manière synthétique, ce qui a précédé pendant plus de trente ans et qui est lié à la volonté personnelle et à la psychologie de Léopold II. Très justement, le professeur américain Crawford Young a pu écrire : L’implacable volonté impériale du Roi Léopold II (qui ne visita jamais le Congo - NDLR) fut la principale force qui poussa à l’érection du Congo en Etat en 1885’. [...]
Livres
Du Congo au Zaïre : 1960-1980. Essai de bilan
Livre, par André Huybrechts, Valentin Y. Mudimbe, Léo Peeters, Daniel Van Der Steen, Jacques Vanderlinden, Benoît Verhaegen, 424 p., 1980
Livres
Rébellions au Congo
Livre, par Benoît Verhaegen, 860 p., 1969
Livres
Rébellions au Congo
Livre, par Benoît Verhaegen, 568 p., 1966
Livres
La décision politique en Belgique. Le pouvoir et les groupes
Livre, par Jean Ladrière, Jean Meynaud, François Perin, 403 p., 1965
Rares sont les études qui ont été, jusqu’à présent, consacrées à la vie politique belge. Or la Belgique a connu et connait encore un certain nombre de problèmes d’importance majeure. A beaucoup d’égards, elle constitue un microcosme où apparaissent les principaux éléments caractéristiques des pays occidentaux. Le premier mérite de ce livre, réalisé par le Centre de recherche et d’information socio-politiques (Bruxelles), est de présenter un tableau de la vie politique belge, de 1944 à nos jours. La réalisation d’une telle entreprise n’allait pas sans difficulté tenant à l’absence d’études préalables sur les points étudiés ou à l’acuité des problèmes posés : ces difficultés ont été surmontées. En second lieu, l’équipe du CRISP est parvenue à faire œuvre de science politique, en se donnant comme ligne de recherche l’analyse de décisions qui ont marqué la politique en Belgique ces dernières années (crise de l’unité belge, pacte scolaire, création des organes de la politique scientifique, ’loi unique’, réforme de l’impôt sur le revenu, programmation économique, crise charbonnière, politique des prix agricoles, politique congolaise... ). Cette méthode conduit les auteurs à donner à la substance même de l’activité politique toute son importance, et permet d’apprécier au mieux les résultats de cette activité. Le présent ouvrage, qui rappelle, en outre, les bases et les étapes de la vie politique belge et est illustré de nombreux documents, fournit un instrument de référence à tous ceux qui s’intéressent à la Belgique, ainsi qu’aux problèmes de l’Europe.
« Congo 1963 » est le cinquième ouvrage de la série des « Congo » éditée par le CRISP. Avant d’esquisser dans cette introduction un rapide panorama de l’évolution politique du Congo au cours de cette année, il n’est sans doute pas inutile de rappeler et de préciser les règles de méthode et les objectifs poursuivis par cette collection. L’enseignement classique de l’histoire par les historiens a certes une valeur incontestable et universelle, qu’il s’agisse de l’histoire d’un peuple disparu, d’une époque lointaine ou d’une société de dimension restreinte. Lorsque les règles de la connaissance historique sont respectées, un fait du passé peut avoir autant de signification humaine qu’un fait actuel. Sociologie et histoire tendent à se confondre lorsque cette dernière parvient à franchir le seuil de la rareté et de l’imprécision des faits révolus pour déboucher sur la représentation d’un fait social. Cependant lorsqu’il n’est pas possible d’atteindre un degré suffisant de connaissance et de précision. et qu’aucune interprétation sociologique n’est autorisée, l’ historien, sans parler du compilateur stérile, n’est plus qu’un collectionneur de faits épars, dans lesquels viendront peut-être puiser les historiens et les sociologues futurs. La connaissance systématique des faits sociaux contemporains dans leur déroulement historique - que ton pourrait considérer comme une histoire ultra-contemporaine - devrait offrir des facilités plus grandes que dans le cas de l’histoire classique des faits passés. En effet, à ces possibilités de l’historien s’ajoutent les techniques du sociologue. A l’interrogation des textes et des objets se joint celle des personnes. L’histoire ultra-contemporaine, qui se situe nécessairement au confluent de l’histoire et de la sociologie, aurait en outre l’avantage pratique de fournir, aux gouvernants et aux peuples, un diagnostic adéquat des problèmes de leurs sociétés. Une telle discipline est cependant loin d’être acceptée tant par les historiens que par les sociologues. Les premiers, reculant devant la masse et la subjectivité des faits actuels, préfèrent se réfugier dans l’analyse des sociétés mortes et des processus accomplis ; les seconds sont contraints par leur technique de recherche de ne cerner qu’un secteur de la réalité à la fois, après en avoir forgé le cours évolutif. Par conséquent l’analyse des faits contemporains d’histoire reste aux mains des journalistes et essayistes, qui se contentent de donner au public une pseudo-connaissance et une sociologie-digest. L’élaboration d’une connaissance scientifique de l’histoire ultra-contemporaine nécessite une double démarche : : il faut tout d’abord que soient rassemblés, sélectionnés, classés et présentés les faits et les textes de cette histoire, du moins dans la mesure ou ceux-ci sont accessibles. La collection des « Congo » tente de répondre à cet objectif. Mais il faut ensuite que le recours à la méthode et aux techniques de la sociologie et de la science politique complète, critique et sélectionne ces matériaux et leur donne leur signification authentique. Les auteurs de la collection des « Congo » sont conscients d’une part des lacunes de la documentation écrite présentée, soit que celle-ci ne leur ait pas été accessible, soit que le choix des textes présentés ait été défectueux : d’autre part du caractère déformant, partiel et artificiel de la documentation écrite en général, et des documents publics congolais en particulier. Ce sont les raisons pour lesquelles ils souhaitent que d’autres poursuivent l’œuvre commencée par une analyse sociologique. Cependant, malgré cette mise en garde, les auteurs sont convaincus de faire œuvre utile à deux égards : ils espèrent avoir fourni aux écrivains, sociologues et historiens une documentation qui leur épargnera de nombreux efforts et réduira leur coefficient d’erreur et d’approximation. Mais ils destinent d’abord et avant tout leur ouvrage à tous ceux que l’histoire récente du Congo concerne directement, c’est-à-dire les peuples du Congo et de l’Afrique et leurs dirigeants. Dans la mesure où désormais l’histoire peut s’écrire en même temps qu’elle se fait et où les acteurs principaux pensent avoir une connaissance scientifique de la société et de ses problèmes, il est nécessaire de les munir du maximum d’information et d’une vision d’ensemble des évènements auxquels ils participent. En 1963, lie Congo fut marqué d’abord par la fin de ;[a sécession katangaise et par la dissolution de l’entité katangaise en trois provinces. Ce chapitre capital de l’histoire du Congo a été abordé dans les dernières pages de « Congo 1962 » et dans l’ouvrage « Sécession au Katanga ». Mais c’est en septembre-octobre 1963 que se situe l’évènement le plus significatif pour l’avenir du Congo : la rupture définitive entre l’exécutif et le législatif déclenchée par la mise en congé illimitée des Chambres par le chef de l’État. Deux conséquences en découlèrent qui se sont révélées déterminantes pour révolution du Congo en 1964 : en premier lieu, l’opposition fut contrainte de se réfugier dans la clandestinité ou dans l’exil. La formation d’un gouvernement insurrectionnel à Brazzaville fournit aux rébellions rurales la superstructure politique qui leur faisait défaut et leur donna toute leur importance. En second lieu, le gouvernement, privé de la force démocratique que représentaient les Chambres, malgré leur faiblesse et leur corruption, passa sous la coupe de son noyau dur constitué par le groupe de Binza. Le geste du chef de l’État priva en fait les institutions congolaises de leurs forces modérées du Centre. L’exécutif glissa à droite et l’opposition opta pour l’insurrection. L’impasse était totale. C’était le prologue du drame, désormais inévitable, qui se jouerait en 1964.
Livres
Parti solidaire africain (PSA). Documents 1959-1960
Livre, par Benoît Verhaegen, Herbert Weiss, 316 p., 1963
Livres
Congo 1962
Livre, par Jules Gérard-Libois, Benoît Verhaegen, 464 p., 1963
Le premier gouvernement présidé par M, Adoula fut investi le 2 août 1961 par les Chambres réunies en session extraordinaire à Lovanium. L’activité du gouvernement durant tannée 1961 se concentra sur trois points : 1) La recherche d’une reconnaissance internationale : la participation du Congo à la conférence de Belgrade fut la tentative la plus spectaculaire de la politique étrangère du gouvernement ; 2) la reconquête de l’unité du Congo par la fin de la sécession katangaise : les accords de Kitona en décembre 1961 donnèrent momentanément t illusion d’une réussite en ce domaine ; 3) le maintien de l’unité du gouvernement : le départ de M. Gizenga, vice-premier ministre, pour Stanleyville en octobre 1961 annonça l’échec de cette politique. Ces événements ont été présentés et commentés dans un ouvrage précédent du CRISP : CONGO 1961. L’année 1962 fut dominée par deux problèmes politiques fondamentaux : celui des structures de la République et celui de la résorption de la dissidence katangaise. Ces deux problèmes sont traités respectivement dans les parties II et III de cet ouvrage. La première partie est consacrée à la présentation de la politique intérieure du Gouvernement Adoula et, en particulier, de ses relations avec l’opposition. Une place importante a été réservée aux déclarations des principaux représentants des groupes politiques à Léopoldville. L’inefficacité concrète de la plupart de ces interventions ne peut faire oublier leur importance en tant que témoignage de l’idéologie nationaliste. Les politiciens furent confrontés durant l’année 1962 avec une mutation profonde des institutions et des structures de la République qui aboutit à retirer la direction effective du pays des mains des parlementaires. La sécession katangaise fut résorbée grâce au jeu combiné d’une action diplomatique internationale et d’une offensive militaire des Nations Unies. La réalisation des nouvelles provinces fut opérée sous la pression des forces politiques locales et avalisée par un Parlement débordé. C’est aux forces syndicales qu’incomba le rôle de livrer une bataille d’arrière-garde pour le maintien des institutions politiques nationales, Enfin les principales forces de la République, l’armée et l’administration, affermirent au cours de l’année 1962, et sans doute pour longtemps, leur emprise sur la vie politique nationale, amorçant l’évolution progressive du régime parlementaire vers une bureaucratie militaire. Il est sans doute encore trop tôt pour considérer la direction de cette évolution comme définitive, mais on peut néanmoins souligner, dès à présent, une constante des structures congolaises qui s’est manifestée tant à travers la période coloniale, qu’à travers la crise des années 1960 et 1961 et à travers la stabilisation de 1962 : l’importance fondamentale de l’administration et de l’armée au détriment des institutions et des forces spécifiquement politiques. Le rôle et l’état actuel des forces économiques n’ont pas été analysés dans cet ouvrage. Ceci ne veut pas dire qu’ils ne soient pas importants, et sans doute maintenant plus que jamais. Nous renvoyons le lecteur aux différentes analyses et documents publiés par la revue Études Congolaises et notamment le dossier : « Situation Économique et Financière du Congo en 1962 », paru dans le n° 3 de mars 1963. Malgré le succès croissant rencontré par nos publications précédentes : Congo 1959, Congo 1960 et Congo 1961, nous sommes conscients des imperfections de ces travaux : certains documents et faits importants ne sont pas cités ou reproduits, des secteurs entiers de la vie politique ne sont pas traités, tels l’influence des groupes de pression internationaux et celle des forces économiques ; une place trop grande est accordée aux déclarations, dont l’importance concrète est souvent minime, au détriment des jeux de couloir et des pressions discrètes, mais efficaces etc… C’est pourquoi la lecture et l’utilisation d’un tel ouvrage ne peuvent déboucher sur des généralisations et des conclusions même partielles. Des informations et des analyses complémentaires demeurent indispensables avant de pouvoir utilement interpréter l’évolution politique du Congo. Le souhait des auteurs est que le travail entrepris ici soit poursuivi, complété, amélioré par les chercheurs et les étudiants africains auxquels incombe la charge d’écrire leur propre histoire.
Livres
Congo 1961
Livre, par Jules Gérard-Libois, Benoît Verhaegen, 691 p., 1962
Au moment où s’achève l’année 1960, six mois après son accession à l’indépendance, la République du Congo subit durement les contre-coups des crises militaires et politiques de juillet 1960 et des conflits institutionnels et constitutionnels qui se développèrent au cours de l’été : - M. Patrice Lumumba, leader du Mouvement National Congolais et chef du premier gouvernement du Congo, a été, en septembre, l’objet d’une mesure de révocation de la part du chef de l’Etat. Malgré l’influence de ses amis sur le plan parlementaire et l’appui diplomatique dont il bénéficie auprès d’États afro-asiatiques et de pays de l’Est, il a été arrêté et emprisonné au camp militaire de Thysville au Bas-Congo. - Le Collège des commissaires, mis en place en septembre par le colonel Mobutu et appuyé par le chef de l’État, se heurte à des oppositions considérables dans les provinces, y compris celle de Léopoldville. Sa légitimité est contestée par les États africains les plus agissants et par l’Est ; ses relations avec l’ONUC, spécialement avec M. Dayal, représentant de M. Hammarskjöld, sont de plus en plus tendues. - Au Katanga, M. Tshombe, leader de la Conakat, a consolidé la sécession grâce à raide technique, financière et militaire qui lui est assurée. Mais il se heurte dans le Nord à la rébellion ouverte des masses baluba, que les plus sanglantes répressions n’ont pu maîtriser. L’émission d’un franc katangais a confirmé, fin 1960, la volonté sécessionniste. Par contre, aucune reconnaissance diplomatique n’est acquise en faveur d’Élisabethville, malgré les ouvertures faites par M. Tshombe en direction de l’abbé Youlou, de l’Occident et plus tard de l’Amérique Centrale. - A Stanleyville, le vice-président du Conseil, M. Gizenga (PSA), parvient à s’assurer les leviers de commande avec l’appui des troupes du général Lundula. Il y installe un gouvernement qui s’affirme détenteur de la légitimité pour l’ensemble du territoire de la République. A la fin décembre, Stanleyville prend le contrôle de Bukavu et écarte les ministres provinciaux du Kivu jugés peu sûrs. Après l’échec d’une opération militaire du colonel Mobutu en direction de Bukavu, un ministre du gouvernement central de M. Lumumba, M. Anicet Kashamura (Céréa), prend personnellement la direction du gouvernement provincial du Kivu. - Au Kasaï Méridional, l’État autonome créé par M. Kalonji, leader des Baluba du Kasaï, a organisé sa propre gendarmerie et ses propres institutions politiques et administratives, sans rompre entièrement avec Léopoldville où des Baluba occupent des postes influents dans le Collège des commissaires. La famine fait des ravages immenses parmi les réfugiés, mais une vaste opération entreprise par l’aNUC évite le pire à Bakwanga en décembre 1960. - A Luluabourg siège un gouvernement provincial composé de représentants de partis, anciens alliés de M. Lumumba. La menace du Sud-Kasaï d’une part, l’isolement économique de l’autre, incitent les autorités de Luluabourg à rechercher des contacts avec Léopoldville et avec Elisabethville. La présence sur place d’importantes forces militaires commandées par le colonel Djoku, ami du colonel Mobutu, empêche en outre toute tentative de ralliement officiel au groupe de Stanleyville. - Dans le Kwango-Kwilu, où prédomine le Parti Solidaire Africain de MM. Kamitatu et Gizenga des incidents graves opposent les populations et les militaires du colonel Mobutu et contribuent à miner à Léopoldville les relations entre les commissaires et le gouvernement provincial présidé par M. Kamitatu. Au Bas-Congo continue à dominer le réflexe autonomiste des leaders locaux de l’Abako : ce réflexe est toutefois tempéré par la présence de M. Kasa-Vubu à la tête de l’État, En présence de ces phénomènes de morcellement du pouvoir, des tendances centrifuges et des oppositions violentes des fractions politiques, les Nations Unies, soumises à des options difficiles entre des autorités de fait dont la légitimité est contestée localement et internationalement, enregistrent de graves échecs en matière de maintien de r ordre, d’assistance technique, de réorganisation militaire économique et administrative, lesquels se répercutent sur l’ONUC elle-même, ainsi que sur les rapports du secrétariat général avec les Congolais d’une part, avec les Etats qui ont fourni des casques bleus d’autre part [...]
Livres
Congo 1960
Livre, par Jules Gérard-Libois, Benoît Verhaegen, 1120 p., 1961
La crise congolaise a posé, même pour les observateurs les plus avertis, un nombre considérable de questions et de problèmes auxquels il est fort difficile de répondre. Personne, en effet, même parmi ceux qui prédisaient une crise grave au Congo, n’avait prévu le déclenchement des événements tel qu’il s’est produit, ni le Cours de leur déroulement, ni leurs conséquences extrêmes. La tentation est forte devant tant de faits et de comportements surprenants, posant autant d’énigmes, de répondre en imaginant des complots et le jeu machiavélique de certaines puissances « occultes » ou de certaines forces politiques ou financières toutes puissantes. Tant dans l’opinion congolaise que belge et internationale, l’année 1960 au Congo fut par excellence une année de complots. Avant la Table Ronde politique au début du mois de janvier 1960, ce fut après beaucoup de réticences que les leaders congolais du Cartel Abako acceptèrent de se rendre à la Table Ronde, alors que dès le 16 décembre, le ministre du Congo avait annoncé l’indépendance en 1960. Cette proposition, qui définissait en fait le plan de décolonisation le plus radical qui eut jamais été appliqué dans une colonie, leur paraissait cacher des manœuvres colonialistes. Cette suspicion n’est sans doute pas étrangère à l’éclat qui amena M. Kasavubu à quitter la Table Ronde. Plus tard, la Belgique fut accusée d’avoir accordé l’indépendance politique dans la hâte parce que le Congo commençait à lui coûter trop cher. Au moment de renvoi des renforts de troupes belges au Congo et de la nomination d’un troisième ministre, plusieurs leaders nationalistes accusèrent la Belgique de préparer une guerre coloniale et M. Ganshof de vouloir installer un « gouvernement fantoche » dévoué aux seuls intérêts belges. A la même époque en Belgique et dans les partis modérés au Congo, on accusait certains leaders congolais, d’être liés aux communistes et aux pays de l’Est. Un seul voyage à Berlin-Est ou à Prague suffisait pour déclencher la suspicion. La formation du gouvernement central et des gouvernements provinciaux fut l’occasion de dénoncer une série impressionnante de complots dont certains n’étaient d’ailleurs pas imaginaires. Après le 1er juillet, la fréquence des « complots » s’accrut, mais cette fois, ils devaient marquer, parfois de manière implacable, l’évolution des événements. Par le fait même ils perdaient leur caractère de gratuité pour s’inscrire dans une action politique concertée. Le 4 juillet, le Premier Ministre Lumumba dénonçait l’agissement de certains Belges qui complotaient contre le gouvernement. Le 6 juillet, il y eut le « complot » du Général Janssens et de certains officiers , le 8, le premier ministre dénonçait la tentative d’attentat de 4 officiers belges contre sa personne. En Belgique, le gouvernement beige et une partie de la presse accréditaient la version soit d’un complot communiste dans la Force Publique, soit d’un plan machiavélique de M. Lumumba tendant à épurer le Congo des fonctionnaires et des officiers belges. Il fut souvent question, même à la Chambre, d’un bateau polonais rempli d’armes à l’embouchure du Congo. On ne put jamais en vérifier l’existence. Pendant ce temps à Léopoldville la deuxième mutinerie du camp Léopold II était provoquée en grande partie par la rumeur de l’arrivée des Russes à Ndjili. Les Nations-Unies et la personne du secrétaire général. que sa qualité de Suédois rendit à un certain moment suspect, eurent leur part de reproches et de suspicion. Peu de pays étrangers échappèrent aux critiques et à la méfiance de la part de l’un ou l’autre camp. S il est exact que plusieurs de ces accusations de « complots » prenaient place dans une action politique déterminée, que ce soit en faveur de l’un ou l’autre camp, il n’en reste pas moins vrai que leur succès est le fruit d’une crédulité étonnante de la part de toute l’opinion publique, aussi bien internationale et belge que congolaise, à l’égard des événements du Congo […] Livre en 3 volumes
Livres
Congo 1959
Livre, par Jules Gérard-Libois, Benoît Verhaegen, 319 p., 1960
Nous avons regroupé dans ce volume les documents - publics ou inédits - qui nous ont paru essentiels pour comprendre l’évolution politique du Congo, depuis la déclaration gouvernementale du 13 janvier 1959. Nous avions le choix entre deux formules : d’une part, le classement de tous les documents européens et africains, selon un ordre chronologique ou, d’autre pari, le regroupement de documents « représentatifs » suivant quelques lignes de développement, choisies forcément sur base d’une interprétation du processus politique congolais. La première formule était d’autant plus tentante qu’elle est la voie nécessaire vers toute interprétation de l’événement et qu’elle permet de fournir aux spécialistes la totalité des matériaux de travail. Pour nous, cette formule présentait deux inconvénients majeurs : elle ne rendait possible aucune pondération entre des documents de valeur fort inégale ; elle nous forçait à l’édition d’une série d’ouvrages documentaires dont le coût et l’ampleur limiteraient forcément la diffusion. L’année 1959 est à ce point importante pour l’histoire du Congo que l’édition de la totalité des documents s’imposera. Ce n’est pas cette tâche que nous nous sommes assignée ici. Nous avons donc choisi de publier, autour de quatre thèmes fondamentaux, un certain nombre de documents belges et africains, choisis en tenant compte de leur valeur représentative et de leur qualité éclairante pour l’événement. On contestera peut-être le choix de certains textes et l’élimination d’autres. C’est la servitude inévitable de la formule adoptée. Par contre, notre dossier « Congo 1959 », permettra sans doute au lecteur de mieux comprendre l’évolution, en se fondant sur la documentation objective, rassemblée et choisie par les spécialistes du C.RI.S.P. Nous avons eu le souci de dissocier, par la présentation typographique, les documents eux-mêmes de courts textes d’introduction et de présentation que nous avons estimés nécessaires. Le lecteur notera que nous publions dans ce volume des documents inédits qui sont de toute première importance. En décidant de leur publication, nous n’avons cherché aucun effet de sensation. Nous nous sommes en effet refusé à les livrer au public en août, septembre ou octobre 1959, au moment où ils risquaient d’alimenter des polémiques politiques. Aujourd’hui, ces documents sont des pièces essentielles d’une histoire du Congo 1959 et il serait indéfendable, pour un Centre de Recherche et d’Information Socio-Politiques, de ne pas les intégrer dans une œuvre de documentation objective.