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Courrier hebdomadaire

L’adoption en Communauté française

Courrier hebdomadaire n° 2482, par Aurélie Aromatario, Louise de Morati, Kenzo Nera, 50 p., 2020

Ce Courrier hebdomadaire dresse un état des lieux qualitatif et quantitatif de l’adoption en Communauté française. L’approche est centrée sur les acteurs et sur les dispositifs de l’adoption. En particulier, l’objectif est de déterminer si les candidats à l’adoption rencontrent plus ou moins de difficultés à voir aboutir leurs démarches selon la catégorie à laquelle ils appartiennent (à savoir les couples de sexes différents, les couples de même sexe et les personnes célibataires) et, le cas échéant, de relever les mécanismes institutionnels ou sociétaux à l’origine des différences constatées. Notamment, il s’agit d’examiner dans quelle mesure la loi du 18 mai 2006 autorisant l’adoption par les couples de même sexe a effectivement contribué à ouvrir l’accès de ces profils conjugaux à la parentalité adoptive. L’étude présente le cadre institutionnel et légal de l’adoption en Communauté française, détaille la procédure d’adoption et livre quelques statistiques générales. Elle se complète par un bref regard sur la situation prévalant en Communauté flamande.

Courrier hebdomadaire

Grèves et conflictualité sociale en 2019 (II). Luttes sociales : entre salariat et précariat

Courrier hebdomadaire n° 2475-2476, par Iannis Gracos, 103 p., 2020

Le Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS) est un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent l’actualité de chaque année civile. Ce Courrier hebdomadaire est consacré aux conflits qui ont marqué l’actualité belge en 2019. Particulièrement significatifs par rapport à l’histoire sociale et aux enjeux futurs, ceux-ci sont regroupés en deux volumes. Ce second volume traite de trois types de conflits. Tout d’abord, ceux qui sont survenus dans des entreprises spécifiques suite à l’annonce d’importantes restructurations : l’entreprise sidérurgique NLMK située à Clabecq ; les Éditions de l’Avenir, détenues par la structure publique Nethys, filiale de l’intercommunale Enodia (ex-Publifin) ; la compagnie aérienne low cost Ryanair (basée en Irlande et opérant dans l’ensemble de l’Europe). Ensuite, les conflits qui mettent particulièrement en avant la condition précaire des travailleurs de deux secteurs : celui des coursiers et celui des titres-services. Enfin, une action sociale dont la base a été les discriminations liées au genre : la « grève des femmes / grève féministe » du 8 mars 2019. À travers ces différents cas, c’est plus globalement l’évolution des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée. L’étude se clôt par une annexe statistique fournissant un aperçu quantitatif du phénomène des grèves en Belgique en 2019. Le GRACOS se compose actuellement de 19 membres : B. Bauraind, A. Bingen, M. Brodersen, J. Buelens, B. Conter, V. Demertzis, A. Dufresne, J. Faniel, C. Gobin, N. Hirtz, G. Lambert, C. Leterme, E. Martinez, L. Mélon, P. Reman, M.-C. Trionfetti, K. Vandaele, J. Vandewattyne et C. Vanroelen. La présente étude a été rédigée avec la collaboration de C. Casier, E. Demeester, E. Deront, T. Hausmann et M. Retout.

Courrier hebdomadaire

Penser l’après⁠-⁠corona. Les interventions de la société civile durant la période de confinement causée par la pandémie de Covid⁠-⁠19 (mars⁠-⁠mai 2020)

Courrier hebdomadaire n° 2457-2458, par Benjamin Biard, Serge Govaert, Vincent Lefebve, 127 p., 2020

En Belgique, la période de confinement décidée par les autorités publiques pour lutter contre les effets de la pandémie de Covid-19 s’est étendue, au sens strict, du 18 mars au 4 mai 2020. A priori , cette période n’était guère propice aux mobilisations des citoyens, en particulier puisqu’il leur était interdit de se réunir. Pourtant, s’est alors manifestée une importante effervescence intellectuelle et militante, qui s’est traduite par de multiples prises de position de la société civile. Il s’est agi, d’une part, de répondre aux défis suscités par la crise sanitaire et, d’autre part, de préparer la période « post-corona ». Ces initiatives ont essentiellement pris la forme de cartes blanches publiées dans la presse (et relayées sur les réseaux sociaux) et de lettres ouvertes adressées aux responsables politiques. Des débats en ligne, des enquêtes participatives, des manifestations virtuelles, etc. ont aussi pris place, de même que quelques actions dans l’espace public malgré leur interdiction. Ce Courrier hebdomadaire donne un aperçu aussi large que possible des interventions collectives qui se sont manifestées et entrecroisées au cours de ces sept semaines de confinement. Partant, il recense autant que faire se peut les mobilisations qui ont accompagné ces interventions et éclaire les constellations d’acteurs qui les ont organisées ou y ont souscrit. Les revendications exprimées par la société civile sont présentées selon neuf pôles : le financement des services publics (et, en particulier, celui du système de soins de santé) ; la culture et le sport ; l’enseignement ; la pauvreté et les inégalités sociales ; la place et le sens du travail ; les urgences sanitaire et écologique ; le capitalisme et la mondialisation ; les libertés fondamentales ; le renouvellement démocratique et la participation citoyenne.

Courrier hebdomadaire

La campagne TAM TAM

Courrier hebdomadaire n° 2448-2449, par Robin Van Leeckwyck, 58 p., 2020

Le programme puis la politique du gouvernement fédéral Michel I (N-VA/MR/CD&V/Open VLD) ont provoqué une vague de contestations. Entre 2014 et 2019, les syndicats ont organisé nombre de manifestations de protestation. Parallèlement, au sein du monde associatif, de nouveaux mouvements sociaux et citoyens ont émergé, tels que Hart boven Hard (HBH), Tout autre chose (TAC), la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés (BxlRefugees), les Gilets jaunes ou les marches pour le climat. Craignant de voir la coalition fédérale au pouvoir être reconduite après les élections du 26 mai 2019, différents acteurs mobilisés contre le gouvernement Michel I ont œuvré, à partir du mois de janvier 2017, à mettre en place une campagne nationale d’information, de sensibilisation et de mobilisation en vue du scrutin à venir : la campagne TAM TAM (acronyme signifiant initialement « Un tout autre mouvement pour un tout autre monde »). Ce Courrier hebdomadaire propose une analyse détaillée de cette campagne. Il s’intéresse successivement à la genèse et à la mise en place de TAM TAM, au déroulement de la campagne (divisé en trois « saisons » entre février 2018 et mai 2019), à la nature et à l’objectif de TAM TAM, à l’organe central de TAM TAM qu’est le bureau (évolution de la composition, importance de la présence syndicaliste et mutuelliste, etc.), au financement de la campagne et à la communication de TAM TAM. Il n’est certes pas possible de mesurer l’influence que la campagne a eue in fine sur le cours et les résultats du scrutin du 26 mai 2019 – ni même de savoir si impact il y a eu. Il n’en reste pas moins que, tout au long de sa courte existence, TAM TAM a été l’un des acteurs de l’union des luttes menées au sein du milieu associatif et syndical pour la justice sociale, climatique et migratoire.

Les @nalyses en ligne

Populisme et mépris de classe

interview de Vincent de Coorebyter par Paul Blanjean et Guillaume Lohest, parue dans Contrastes, n° 191, mars-avril 2019, p. 8-11

Rester sourd aux inquiétudes ou aux colères qui s’expriment, et attaquer frontalement le populisme et ses sympathisants sont les meilleurs moyens pour attiser le feu. Dans cette interview accordée dans le cadre de la campagne consacrée à ce phénomène par les Équipes populaires, Vincent de Coorebyter décline les caractéristiques du populisme, les raisons de son succès et les conditions pour l’endiguer.

Podcasts

La représentation des femmes belges en politique

intervention de Cédric Istasse diffusée dans L’actualité en 3D sur Radio Panik avec Julien Pieret, 4 mars 2019

Pour ce nouveau numéro de l’Actualité en 3D, à quelques jours de la journée internationale des droits des femmes et à l’heure où les élections s’enchaînent en Belgique, nous aborderons la question de la représentation des femmes en politique. Depuis quand les femmes peuvent-elles voter dans notre pays ? Depuis quand peuvent-elles être élues ? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de femme Première ministre dans notre pays ? Les partis sont-ils tous égaux face à la parité politique ? Sont-ils contraints de prévoir des femmes sur leurs listes électorales ? Les femmes votent-elles toujours pour des femmes ? Et puis surtout, deux hommes peuvent-ils parler seuls de ce sujet ? Toutes ces questions et bien d’autres encore seront abordées dans ce nouveau numéro de l’émission proposée en partenariat par Radio Panik et le CRISP. Pour ce faire, nous avons le plaisir de recevoir Cédric Istasse, historien, chargé de recherche et rédacteur en chef du Courrier hebdomadaire du CRISP, le Centre de recherche et d’information socio-politiques, et spécialiste de la représentation politique des femmes en Belgique.

Courrier hebdomadaire

Les débats autour de l’interdiction de l’abattage rituel

Courrier hebdomadaire n° 2385, par Caroline Sägesser, 45 p., 2018

Depuis 1986, la législation belge impose aux abattoirs de mettre à mort les animaux « suivant la méthode la moins douloureuse », c’est-à-dire après étourdissement ou anesthésie. Cependant, elle prévoit une exception pour les animaux « faisant l’objet de méthodes particulières d’abattage requises par certains rites religieux ». En effet, le judaïsme et l’islam édictent diverses prescriptions alimentaires visant à rendre la viande propre à la consommation par les fidèles de l’une ou l’autre religion. Pour que sa viande soit casher , un animal doit être abattu selon les règles de la shehita  ; pour qu’elle soit halal , il doit l’être selon les règles du dhakât . Ces deux méthodes d’abattage réclament que l’animal soit conscient lors de sa mise à mort par tranchage du cou. Sont concernés le bétail (bovins, ovins et caprins) et la volaille. C’est l’abattage destiné à produire de la viande halal, répondant aux besoins d’une population musulmane européenne en croissance, qui fait l’objet de la plus forte visibilité médiatique, particulièrement lors de la célébration de l’Aïd el-Kébir (ou Aïd el-Adha) : la « fête du Sacrifice ». Au nom du bien-être animal, la Wallonie et la Flandre ont mis fin, à partir de 2019, à l’exception relative aux abattages prescrits par un rite religieux. Désormais, tout animal mis à mort dans un abattoir doit être préalablement étourdi ou anesthésié. Au nom des droits fondamentaux, diverses organisations issues des communautés juive et musulmane ont déposé un recours contre ces mesures auprès de la Cour constitutionnelle, dont le Consistoire central israélite de Belgique (CCIB) et l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). En Région bruxelloise, de vifs débats sont en cours depuis plusieurs années, tant au sujet de la question des lieux d’abattage qu’au sujet de celle des méthodes d’abattage.

Les @nalyses en ligne

Élargir les droits fondamentaux ?

par John Pitseys, paru dans Imagine demain le monde, n° 130, novembre-décembre 2018, p. 34-35

L’ajout de nouveaux droits fondamentaux contribue-t-il à une société plus juste et plus civilisée ? De nombreuses raisons permettent de le croire. La question n’est pourtant pas évidente.

Les @nalyses en ligne

Les premiers concernés

par John Pitseys, paru dans Imagine demain le monde, n° 128, juillet-août 2018, p. 30-31

Imaginons qu’une région songe à devenir indépendante et désire convoquer un référendum. Celui-ci peut-il se limiter aux habitants de cette région ou doit-il inclure également ceux des autres régions du pays, qui seraient concernés par la partition éventuelle ? Qu’il s’agisse de certains débats éthiques ou de réflexions menées sur le renouvellement de la démocratie, prévaut parfois l’idée qu’une décision est plus légitime si elle est prise par les personnes directement concernées par cette décision. Ou du moins que les personnes directement concernées par la décision doivent être prioritairement consultées. Une telle réflexion peut être interprétée de deux manières.

Les @nalyses en ligne

Aux marges des droits

par John Pitseys, paru dans La Chronique de la Ligue des droits de l’Homme, n° 183, avril-mai-juin 2018, p. 5-7

Les droits fondamentaux n’ont pas vocation à changer le monde, mais à garantir à chaque personne le respect de certaines prérogatives minimales liées à sa liberté et à sa subsistance. Ils reposent sur l’idée que nous sommes des êtres humains, pas des animaux ou des pierres. Quels que soient nos vices et nos qualités personnelles, nos capacités, notre niveau d’éducation et de richesse, ces droits sont censés nous être dus. C’est la raison pour laquelle la promotion des droits fondamentaux semble indissociable de la lutte contre les exclusions. Une telle relation est-elle pourtant si évidente ? Le respect des droits fondamentaux est a priori compatible avec le maintien des inégalités. D’une part, il se borne à assurer à chacun le respect d’une série de prérogatives fondamentales. Il n’a pas pour objectif d’assurer le bien-être de tous. D’autre part, le respect du pluralisme politique et social constitue justement une de ces prérogatives fondamentales. Cela signifie qu’une société respectueuse des droits fondamentaux verra forcément subsister des désaccords sur ce qu’est une société juste, sur la nécessité de promouvoir ou non davantage d’égalité réelle entre les individus, ou sur la manière de contribuer pratiquement à une société plus égalitaire.

Les @nalyses en ligne

Cordon sanitaire : un dispositif visant l’extrême droite

par Vaïa Demertzis, paru sur Régulation, 6 février 2018, 3 p.

À l’approche des élections communales et provinciales du 14 octobre 2018, la thématique du « cordon sanitaire médiatique » a resurgi dans l’actualité et fait l’objet d’un débat. Que recouvre cette appellation et quels partis sont concernés ? Plusieurs voix politiques ont récemment appelé à y inclure le PTB. D’autres estiment que ce dispositif contrevient à la liberté d’expression. Il est par conséquent opportun de revenir à la source du cordon sanitaire pour mieux comprendre l’enjeu qu’il représente pour les médias et les citoyens et pour en souligner la fonction première : éviter que les partis d’extrême droite arrivent au pouvoir.

Podcasts

Citoyenneté et démocratie

intervention de John Pitseys diffusée dans L’actualité en 3D sur Radio Panik avec Julien Pieret, 5 février 2018

Démocratie et citoyenneté sont deux notions distinctes mais indissociables. D’où viennent-elles, que recouvrent-elles et quels sont les enjeux que soulève leur analyse conjointe ? Dans quelle mesure les notions de « démocratie » et de « citoyenneté » permettent-elles de décrypter plusieurs évènements qui font aujourd’hui l’actualité ? Que nous en dit la mobilisation populaire construite autour des personnes migrantes du parc Maximilien ?

Les @nalyses en ligne

Faut⁠-⁠il sauver le soldat Mercier ?

par John Pitseys, paru dans Imagine demain le monde, n° 122, juillet-août 2017, p. 32-33

A-t-on le droit de vouloir démontrer publiquement à un auditoire d’étudiants que l’avortement serait un crime pire que le viol ? Et si c’est le cas, dans quelles conditions ? Mars 2017. Stéphane Mercier, chargé de cours en philosophie à l’Université catholique de Louvain (UCL), prononce un long exposé pro life en face d’un auditoire de plusieurs centaines d’étudiants ingénieurs, au désarroi et à la colère d’une partie d’entre eux. Le contenu du cours fuite sur les réseaux sociaux et déclenche de vives réprobations. Les autorités universitaires s’emparent rapidement du dossier, convoquent le responsable du cours et décident finalement de suspendre les enseignements concernés. Le sujet prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux et dans la presse. Les propos de S. Mercier étaient-ils acceptables sur un plan moral et politique ? Fallait-il les sanctionner ou en dissuader la prononciation dans un cadre universitaire ?

Les @nalyses en ligne

Radicalité et radicalisme : quelques distinctions pour éviter une pente glissante

par John Pitseys, paru dans La Chronique de la Ligue des droits de l’Homme, n° 178, mars 2017, p. 10-11

Commentant l’évolution des négociations entre le gouvernement fédéral qu’il dirige, le gouvernement wallon et la Commission européenne à propos du CETA, Charles Michel a exprimé ainsi son inquiétude : « J’ai le sentiment qu’il y a une radicalisation des positions ». Que les termes en aient été choisis soigneusement ou qu’ils aient été employés spontanément, cette phrase a priori anodine intervient dans un contexte politique particulier. Depuis le départ de jeunes Européens pour la Syrie, et plus encore depuis les attentats de Paris de 2015 et de Bruxelles de mars 2016, le mot « radicalisme » a pris une connotation particulière.

Les @nalyses en ligne

Les tribulations du républicanisme en république

par John Pitseys, paru dans Politique, revue belge d’analyse et de débat, n° 98-99, mars 2017, p. 109-114

La France comme la Belgique ont connu ces dernières années d’importants débats de société, portant entre autres sur les contours de l’intégration, le port des signes convictionnels dans l’espace public ou sur le mariage entre personnes de même sexe. L’opinion publique belge aime se répéter que ces débats ont été, en son sein, conduits de manière assez rapide et sereine. Ceux-ci ont en tout cas conduit à des législations assez libérales. En revanche, les sujets précités ont fait l’objet en France de désaccords passionnés, de mouvements d’opposition spectaculaires et – dans le cas du port de signes convictionnels, par exemple – de législations plus restrictives. Vus de Belgique, les débats français suscitent souvent un double sentiment : un peu d’étonnement devant le conservatisme apparent de la société française, et une fascination pour la vigueur du débat républicain. Ces impressions sont-elles fondées ? Cet article est paru dans le numéro spécial consacré à la France par la revue Politique.

Courrier hebdomadaire

La reconnaissance des génocides et la répression du négationnisme

Courrier hebdomadaire n° 2304-2305, par Geoffrey Grandjean, 85 p., 2016

La reconnaissance politique d’un génocide et la répression de la négation de celui-ci représentent deux enjeux d’une grande importance symbolique. Surtout, elles constituent un exercice très délicat pour l’autorité politique qui pose de tels actes. Il s’agit en effet de consacrer une vérité historique et de dicter le souvenir qui doit en être véhiculé. L’intervention d’une instance politique dans le champ de l’histoire et de la mémoire est toujours entourée de nombreux débats. Les discussions, souvent vives, portent sur diverses questions. Le principe d’une action législative dans un tel domaine est-il recevable et pertinent  ? Quelle définition de « génocide » convient-il d’adopter  ? La répression du négationnisme est-elle de nature à justifier une limitation de la liberté d’expression  ? Si oui, dans quelle mesure cette restriction s’applique-t-elle aussi aux chercheurs  ? Lorsqu’il s’agit d’événements historiques relatifs à un autre État, faut-il faire primer l’éthique et la morale sur la diplomatie  ? Les réponses à ces interrogations fondamentales se cristallisent dans des lignes de fracture qui échappent aux clivages partisans classiques. En Belgique, les initiatives de reconnaissance des crimes de génocide et de pénalisation de leur négation sont le fait des deux chambres du Parlement fédéral. Elles ont abouti à diverses dispositions législatives, telles la loi réprimant la négation du génocide commis par le régime nazi à l’encontre des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale (1995), une résolution relative au génocide perpétré par l’Empire ottoman à l’encontre des Arméniens en 1915 (1998), une résolution sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 (2004) et une résolution relative à la commémoration du centenaire du génocide arménien (2015). G. Grandjean retrace et éclaire l’ensemble des débats parlementaires qui se sont tenus en Belgique depuis 1992 autour de la question de la mémoire des crimes de masse. Son Courrier hebdomadaire offre les clés de lecture pour la compréhension des débats en cours quant à une extension de la loi de 1995.

Les @nalyses en ligne

La loi luttant contre le sexisme : une loi émotionnelle et symbolique ?

par Alexandra Woelfle, paru dans Chronique féministe, n° 117, janvier-juin 2016, p. 63-67

En 2012, Sofie Peeters se filme dans les rues de Bruxelles essuyant des remarques sexistes et des insultes de la part d’hommes. Dénonciation du sexisme quotidien, son documentaire « Femme de la rue » sera relayé par les médias durant l’été. Grâce à cette couverture médiatique, l’opinion publique belge découvre l’ampleur du sexisme dans l’espace public ; et le nombre de femmes touchées par le sexisme ainsi que le nombre d’hommes le pratiquant choquent. Les revendications féministes concernant l’accès à l’espace public datent pourtant du 19e siècle et semblaient, pour beaucoup, acquises grâce notamment à l’adoption d’une législation proclamant l’égalité des sexes. Cette égalité inclut, entre autres, la liberté de circulation dans les lieux publics. Or ce principe est remis en cause pour les femmes lorsque des comportements sexistes les forcent à adopter des stratégies d’évitement ou de protection dans ces lieux. De ces débats, a émergé en 2014 une loi tendant à lutter contre le sexisme dans l’espace public. Plusieurs parlementaires ont critiqué cette loi au motif qu’elle serait inapplicable, aurait été adoptée sous le coup de l’émotion et relèverait essentiellement de l’ordre du symbolique. Mais est-ce vraiment le cas ?

Les @nalyses en ligne

Qui a tué Driss ? La trêve ou le sacrifice du bouc émissaire

par John Pitseys, paru dans La Revue nouvelle, n° 4, juillet 2016, p. 70-74

Qui a tué Driss ? Qui lui a fait la peau bleue ? Footballeur professionnel pour le club de Heiderfeld, situé quelque part en Gaume, Driss Assani a été retrouvé mort dans la Semois, atteint d’une balle, les os brisés, le crâne défoncé. Récemment muté au village de Heiderfeld où il a vécu une partie de son adolescence, l’inspecteur Yoann Peeters conclut rapidement à un crime et est chargé de mener l’enquête. Toutefois, l’assassin n’est pas forcément le seul coupable. Si le bourreau est celui qui actionne la guillotine, c’est bien la foule qui amène l’agneau pantelant à l’abattoir : la dissection télévisuelle du petit village de Heiderfeld opérée par la série belge diffusée à l’hiver dernier par la RTBF nous parle aussi de politique.

Les @nalyses en ligne

Un « Brexit » so European

par Vaïa Demertzis, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 19 juillet 2016

Le 23 juin 2016, les citoyens britanniques ont tranché : à 51,9 %, ils ont choisi de quitter le giron européen, 43 ans après l’avoir rejoint. Dans les capitales et les institutions européennes, ce verdict a immédiatement été reçu comme un signal négatif. Au vu de ces réactions aux résultats du référendum britannique, c’est bien une onde de choc qui semble avoir parcouru le continent européen : pour la première fois de l’histoire de l’intégration européenne, le peuple d’un État membre a souverainement décidé de sortir de l’Union européenne. Si la décision britannique a fait l’effet d’un coup de tonnerre, n’a-t-elle été précédée d’aucun coup de semonce ?

Les @nalyses en ligne

La « communauté musulmane » de Belgique existe⁠-⁠t-elle ?

par Michaël Plastria, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 14 juillet 2016

Depuis les attentats du 22 mars 2016, il a été fréquemment fait mention de la « communauté musulmane ». Plusieurs voix se sont élevées pour appeler cette dernière à manifester contre le terrorisme, le radicalisme… Il est cependant utile de se demander ce que revêt cette expression et dans quelle mesure elle correspond à une réalité. En examinant certains aspects de la situation belge, cette @nalyse du CRISP en ligne a pour objectif d’interroger ce concept, sans pour autant prétendre analyser de manière approfondie ni exhaustive les réalités sociologiques des musulmans de Belgique ou les subtilités théologiques des divers courants de l’islam.

Les @nalyses en ligne

Le nerf de la guerre

par Jean Faniel, paru dans Imagine demain le monde, n° 115, mai-juin 2016, p. 30-31

La Belgique pourrait bien connaître prochainement une toute nouvelle vague d’immigration. Ce mouvement soulève différentes questions. Est-il normal que ces personnes cherchent ailleurs une vie plus facile ? Comment seront-elles accueillies dans notre pays ? Une politique coordonnée au niveau européen n’est-elle pas urgemment nécessaire ? Au début de l’année 2017, le Grand-Duché de Luxembourg mettra en œuvre une vaste réforme fiscale…

Les @nalyses en ligne

Émotion et raison politique. Bart De Wever et la photo d’Aylan

par John Pitseys, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 21 décembre 2015

Le 5 septembre 2015, le président de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA), Bart De Wever, fait la une du journal Het Laatste Nieuws en évoquant ses doutes sur la photo du petit Aylan, retrouvé mort sur une plage de Turquie. S’il affirme avoir ressenti des frissons en voyant le cliché, le bourgmestre d’Anvers dit vouloir tenter « de rester rationnel parce que cette histoire devient un moyen de pression émotionnel pour plaider en faveur d’une politique européenne d’ouverture des frontières ». Et il ajoute : « Je ne cède pas au sentiment de culpabilité parce que je trouve que ce n’est pas une bonne idée ». Critiquant l’idée de libre-circulation à l’intérieur de l’espace Schengen, ces propos ont été largement commentés. Ils peuvent bien sûr être approuvés ou critiqués pour leur contenu. C’est toutefois la conception du débat public qui les sous-tend qui apparaît surtout remarquable. Ce plaidoyer en faveur de l’argumentation rationnelle et du bon sens politique pose une question importante : quel rôle la raison et l’émotion peuvent ou doivent-elles jouer dans la délibération publique ? Comment distinguer ces deux registres ?

Les @nalyses en ligne

Le chômeur, un ouvrier encore plus suspect

par Jean Faniel, paru sur F. Loriaux (dir.), Le chômeur suspect. Histoire d’une stigmatisation, Bruxelles/Bruxelles, CARHOP/CRISP, 2015, p. 273-276

En 1977, paraît « L’ouvrier suspect ». Il s’agit du second tome d’une analyse historique consacrée à la condition ouvrière au 19e siècle. Jean Neuville y allie présentation d’extraits de sources d’époque et réflexion sur les enjeux politiques qui éclairent les représentations que les membres d’une classe se font de ceux qui constituent une autre classe. Depuis la parution de cet ouvrage, le chômage de masse est devenu une réalité durable, qui affecte non seulement les travailleurs privés d’emploi mais aussi leurs proches. Ce phénomène a également des conséquences collectives puisqu’il contribue à la dégradation de la situation de bon nombre de salariés. De manière globale, l’emploi est devenu plus précaire et plus flexible, tandis que les salaires connaissent une modération qui contraste avec l’évolution des Trente Glorieuses. Enfin, le contexte de chômage de masse pèse sur les capacités de mobilisation collective des syndicats, dans et en dehors du lieu de travail. Ce texte constitue la postface de l’ouvrage « Le chômeur suspect. Histoire d’une stigmatisation ».

Les @nalyses en ligne

Apports et limites de la tolérance

par Vincent de Coorebyter, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 4 novembre 2015

Le terme de tolérance est à la fois familier, largement revendiqué et mal défini. Il est frappant de constater qu’il joue un rôle discret dans les débats contemporains sur la multiculturalité : il ne constitue pas un principe directeur des débats, une notion clé comme peuvent l’être la liberté, la neutralité ou la laïcité. De même, les textes juridiques qui régissent la pluralité convictionnelle contournent la notion de tolérance au profit de termes qui ne sont pourtant pas, en première approche, beaucoup plus précis. L’objectif de cet article est d’avancer quelques clés d’explication – très partielles – de cet état de fait en se bornant à évoquer une période précise, celle de l’âge d’or de la tolérance, et à dégager quelques leçons des expériences françaises et anglaises qui contribuent à expliquer le relatif déclin de la notion de tolérance. Ainsi, on indiquera pourquoi la liberté et l’égalité sont plus essentielles que la tolérance, et ont fini par la supplanter dans notre boîte à outils conceptuelle.

Les @nalyses en ligne

Vers une révision prochaine de la loi relative à la transsexualité ?

par Alexandra Woelfle, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 30 juin 2015

Aboutissement d’un processus législatif de trois ans, la loi du 10 mai 2007 relative à la transsexualité introduit deux procédures de reconnaissance des personnes transgenres : la reconnaissance officielle du changement de sexe et celle du changement de prénom. Accordant certains droits aux personnes transgenres, la proposition de loi a été âprement discutée au Parlement fédéral. Aujourd’hui encore, cette loi fait l’objet de vives critiques de la part de parlementaires, d’associations et d’organisations internationales, au point que sa révision est à l’agenda du gouvernement fédéral. Les débats que cette loi soulève sont le reflet d’enjeux éthiques et bioéthiques. En filigrane, ce sont plusieurs conceptions de la société, du droit, de l’identité et des genres qui se concurrencent. Cette @nalyse du CRISP en ligne retrace les raisons qui ont conduit à légiférer, s’interroge sur les principes justifiant les orientations éthiques de la loi et présente les différentes critiques adressées à celle-ci.