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Les @nalyses en ligne

« Agreekment », TINA et mouvements sociaux

par Jean Faniel et Vaïa Demertzis, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 24 juillet 2015

Le 13 juillet 2015, le sommet de la zone euro a adopté une déclaration formulant les obligations que la Grèce devra respecter afin que soit conclu « un éventuel futur accord sur un nouveau programme » du Mécanisme européen de stabilité. Donald Tusk, le président du Conseil européen, a baptisé ce texte « agreekment », mêlant les termes anglais « accord » et « Grèce ». Cet accord a été ressenti par de nombreux Grecs comme un coup de force et comme une véritable humiliation. Les conditions imposées à la Grèce ont également été largement dénoncées comme allant à l’encontre de la souveraineté nationale de ce pays et, plus largement, de la démocratie. Enfin, de nombreux économistes de premier plan ont réfuté catégoriquement la possibilité que ces mesures permettent à ce pays de sortir de la grave récession économique à laquelle il fait face. Pour de nombreux mouvements sociaux à travers l’Europe, le bras de fer dans lequel le gouvernement grec s’est engagé avec ses créanciers relève non seulement du domaine économique, mais peut-être plus encore de la lutte symbolique et idéologique contre le néolibéralisme et l’adage qui l’incarne « There is no alternative » (abrégé en TINA). Or le texte de l’« agreekment » comporte des passages qui paraissent vouloir marteler qu’il n’y a pas d’alternative possible en dehors des principes préconisés par le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne. L’approbation par A. Tsípras puis par le Parlement grec du texte du 13 juillet pourrait par conséquent marquer aux yeux des citoyens qui dénoncent le néolibéralisme l’échec d’une rupture avec celui-ci, entraînant de possibles effets démobilisateurs. Cependant, les conditions dans lesquelles cet accord a été conclu pourraient au contraire attiser la colère d’une partie des citoyens contre les institutions qui l’ont soumis à la Grèce, et plus largement contre l’Union européenne et le projet néolibéral qu’elle incarne à leurs yeux. On peut dès lors se demander quels effets l’« agreekment » va avoir sur les mouvements sociaux qui contestent la validité de « TINA ».

Courrier hebdomadaire

Changement climatique et familles politiques en Europe

Courrier hebdomadaire n° 2257, par Karin Möhler, Grégory Piet, Edwin Zaccai, 51 p., 2015

Aux États-Unis, la question du changement climatique fait l’objet d’une polarisation politique tranchée. D’un côté, les républicains mettent en doute l’existence de ce phénomène physique (et a fortiori son origine humaine) et sont hostiles à toute mesure politique visant à le contrer. De l’autre, les démocrates reconnaissent la réalité du réchauffement climatique, l’estiment inquiétant et considèrent qu’il doit être combattu par des actions politiques. Qu’en est-il en Europe ? Certes, le climato-scepticisme au sens strict représente une position très minoritaire parmi les formations politiques européennes. Mais de nombreux partis se montrent très réservés quant à l’importance du changement climatique en cours et s’opposent aux politiques climatiques nationales et européennes (notamment, au nom de la défense de la croissance économique). Ce type de discours se retrouve-t-il dans l’ensemble des familles politiques d’Europe ou est-il l’apanage de certaines d’entre elles ? Pour répondre à cette question, les auteurs de ce Courrier hebdomadaire analysent les programmes électoraux élaborés par une cinquantaine de partis en vue du scrutin européen de mai 2014. Ces formations politiques sont examinées en trois temps : les principaux partis de Belgique, les partis des quatre pays comptant le plus grand nombre d’eurodéputés (Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni), et les partis des familles conservatrice, populiste et d’extrême droite représentés au Parlement européen. L’étude révèle que, même si elle est moins nette qu’aux États-Unis, il existe également une polarisation politique en Europe autour de la question du changement climatique.

Livres

La stratégie européenne pour l’emploi : de l’enthousiasme à l’effacement

Livre, par Bernard Conter, 208 p., 2012

L’Europe des 27 compte aujourd’hui 23 millions de chômeurs. Il y a quinze ans, les États-membres ont décidé de s’accorder sur des objectifs communs, de comparer et de mesurer les résultats de leurs politiques de l’emploi. Ils ont inventé pour ce faire une « méthode ouverte de coordination », non contraignante et fondée sur l’apprentissage, sur l’évaluation et sur les recommandations des pairs. Cet ouvrage revient sur la lente émergence de la question de l’emploi dans l’agenda politique européen, en insistant sur les stratégies et sur les compromis entre acteurs. Il détaille le mode de fonctionnement de la Stratégie européenne pour l’emploi et analyse son contenu et ses fondements idéologiques. Enfin, il interroge la possibilité de conduire une politique de l’emploi autonome dans le contexte de la nouvelle gouvernance économique européenne, qui repose sur un système de suivi plus directif assorti de possibles sanctions à l’encontre des États.

Courrier hebdomadaire

Action publique et responsabilité gouvernementale : la gestion de la grippe A(H1N1) en 2009

Courrier hebdomadaire n° 2138-2139, par Cédric Cheneviere, Nicolas Rossignol, François Thoreau, 61 p., 2012

En 2009, le monde a été confronté à la menace d’une pandémie de grippe A(H1N1). Comme la plupart des États européens, la Belgique a conclu un contrat de fourniture de vaccins avec une firme pharmaceutique. Son choix s’est porté sur GlaxoSmithKline (GSK), à laquelle elle a commandé 12,6 millions de doses de « Pandemrix » pour un montant total de plus de 110 millions d’euros. Rendue publique par la presse quelques mois plus tard, la convention a été largement critiquée, parce qu’elle semblait rejeter toute la responsabilité sur l’État belge en cas de problème. Ce Courrier hebdomadaire analyse la manière dont le gouvernement a pris les décisions relatives à la santé publique, alors qu’il était confronté à un contexte d’urgence et d’incertitude. Après avoir étudié les clauses du contrat, les auteurs montrent comment le gouvernement belge a géré la crise : évaluation et prise en compte des effets secondaires du Pandemrix, autorisation de mise sur le marché, échec relatif de la campagne de vaccination, etc. En particulier, ils dévoilent les motifs qui ont conduit la Belgique à accepter les conditions posées par le groupe pharmaceutique.

Les @nalyses en ligne

« Un problème de légitimité démocratique, incontestablement »

par Vincent de Coorebyter, paru dans Espace de Libertés, n° 405, 1er février 2012, p. 5-8

Les sommets européens successifs consacrés au sauvetage de la Grèce et de la zone euro, et les décisions de plus en plus lourdes de conséquences qui y sont prises ou qui les accompagnent, ont posé crûment la question du caractère démocratique ou non des enceintes de décision internationales, en particulier en situation de crise. Sans prétendre répondre à cette question en détail, cet entretien s’efforce de la poser dans des termes exacts en revenant sur les principes de base du fonctionnement démocratique, et notamment sur les notions, parfois trompeuses et souvent ambiguës, de mandat, de représentation, de légitimité démocratique, de volonté populaire, etc.

Les @nalyses en ligne

Les promesses oubliées de la flexicurité

par Bernard Conter, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 20 décembre 2011

Les débats sur les politiques publiques s’appuient souvent sur des notions mobilisatrices simples dans leur énoncé et susceptibles de donner sens aux réformes. La flexicurité entendait constituer une nouvelle approche de la sécurité sociale, du droit du travail et des politiques de l’emploi. Cinq ans après la communication de la Commission européenne promouvant cette notion, et alors que la crise financière est passée par là, que reste-t-il aujourd’hui de la flexicurité ?

Les @nalyses en ligne
Illustration de la ressource

Il faut créer une gouvernance économique européenne

par Vincent de Coorebyter, paru dans Le Soir, 20 décembre 2011, p. 15

De sommet exceptionnel en sommet exceptionnel pour sauver la zone euro, les dirigeants européens appellent à créer une gouvernance économique européenne. A l’analyse, pourtant, chacun des termes de cette proposition paraît lourd d’ambiguïtés. Et sa confrontation avec la réalité pose également question, puisque, dans les faits, les décisions récentes se bornent à une gouvernance budgétaire et financière. Quel sens possèdent dès lors, aujourd’hui, de telles déclarations ?

Courrier hebdomadaire

La régulation de l’aviation civile en Belgique. Analyse des régimes institutionnels depuis 1899

Courrier hebdomadaire n° 2120-2121, par David Aubin, François Lohest, 101 p., 2011

En 1923 naît la Sabena. La Belgique entend alors jouer un rôle clé dans le secteur européen de l’aviation civile. Force est pourtant de constater qu’elle n’y parviendra pas, malgré les politiques centralisées mises en œuvre dans ce but. La dynamique des activités aériennes a par ailleurs changé : la compagnie nationale n’est plus qu’un souvenir, et Bruxelles-National un aéroport parmi d’autres. Expliquer ce changement de configuration constitue le fil rouge de l’étude. Les auteurs retracent l’évolution des mesures de régulation depuis le XIXe siècle. Ils distinguent six grandes phases, de 1899 à aujourd’hui : pré-aéronautique, développement de l’aéronautique en Belgique, essor de l’aviation comme levier de développement économique, prise de conscience européenne et adaptations législatives nationales, régionalisation et libéralisation européenne, Ciel unique européen. Pour chaque phase, sont analysées les logiques qui sous-tendent les politiques publiques, les implications en termes de droit de propriété et les conséquences sur les fonctions et les acteurs impliqués dans cette régulation. Les conclusions mettent en lumière l’ampleur des changements provoqués par la libéralisation du secteur aérien civil, qui s’incarnent entre autres dans une nouvelle logique de développement et de gestion.

Courrier hebdomadaire

La régulation du rail en Belgique. Analyse des régimes institutionnels depuis 1832

Courrier hebdomadaire n° 2114-2115, par David Aubin, Stéphane Moyson, 88 p., 2011

La première ligne de chemin de fer belge a été inaugurée en 1835. Aujourd’hui, le réseau de la Belgique est l’un des plus denses au monde, avec quelque 3 500 kilomètres de voies. Afin notamment de garantir sa durabilité, il est indispensable qu’une telle infrastructure soit l’objet d’une stricte régulation. David Aubin et Stéphane Moyson retracent l’évolution des mesures de régulation, d’origine belge et internationale, en particulier européenne, depuis 1832. Ils distinguent cinq grandes phases : la création du réseau national (1832-1872), la prise en main du secteur par l’État (1873-1926), la création de la SNCB et son autonomisation (1926-1979), la rationalisation de l’activité ferroviaire et sa relance (1980-1996) et la libéralisation des chemins de fer (depuis 1997). Pour chacune d’entre elles, ils analysent les logiques qui sous-tendent les politiques publiques, les implications en termes de droits de propriété et les conséquences sur les fonctions et les acteurs concernés. Parmi les facteurs d’évolution, la volonté de lutter contre les déficits de gestion et d’exploitation du rail ressort nettement. Cette volonté est bien au cœur de la récente libéralisation du secteur ferroviaire européen (qui, contrairement aux apparences, ne constitue pas un réel retrait de l’État en faveur du secteur privé). Le plan d’économie récemment approuvé par la SNCB, visant à atteindre un équilibre financier d’ici 2015, s’inscrit dans ce mouvement.

Courrier hebdomadaire

La flexicurité en chiffres et en débat

Courrier hebdomadaire n° 2106-2107, par Bernard Conter, 63 p., 2011

La flexicurité a fait une entrée fracassante dans les débats européens sur le marché du travail. Quel écho trouve-t-elle en Belgique  ? Réussit-elle à inspirer des accords et des réformes du marché du travail  ? Bernard Conter fait d’abord un état des lieux des deux composantes antagonistes, la flexibilité et de la sécurité, dans la législation et dans les indicateurs de flexicurité, tels qu’ils sont construits par l’Union européenne. La Belgique se caractérise par un haut niveau de flexibilité. Les choix collectifs y ont cependant conduit à privilégier des flexibilités internes à l’entreprise et fortement encadrées par la négociation sociale. L’auteur examine ensuite la position des acteurs et constate que la flexicurité est peu présente dans les revendications et les programmes des interlocuteurs sociaux et des partis en Belgique. Lorsqu’elle l’est, c’est en général pour défendre les propositions relativement traditionnelles de ces acteurs. Quant aux indicateurs européens de flexicurité, ils ont une apparente neutralité technique, mais sont marqués par une forte dimension normative. Il n’est pas sûr qu’ils puissent servir au développement d’approches intégrées et négociées aux différents niveaux de pouvoir. Bernard Conter ne trouve pas d’indice montrant que la notion de flexicurité puisse contribuer à forger des compromis sur des réformes des politiques belges de l’emploi ou du marché du travail. En revanche, de nombreuses réformes en ces matières sont valorisées comme « pratiques de flexicurité » dans le programme national de réforme. Les notions européennes sont alors utilisées comme des moyens de mettre en forme a posteriori des politiques, nouvelles ou anciennes, sans nécessairement être à l’origine de transformations de fond.

Courrier hebdomadaire

Origines et impacts de la flexicurité

Courrier hebdomadaire n° 2095-2096, par Bernard Conter, 64 p., 2011

Depuis l’émergence de la stratégie européenne pour l’emploi en 1997, les États de l’Union européenne se fixent des objectifs communs en matière d’emploi. C’est dans ce contexte qu’est apparue la notion de « flexicurité » qui vise à concilier flexibilité du travail et sécurisation de celui-ci, deux dimensions jugées jusque-là contradictoires. La sécurité de l’emploi n’est plus liée à des protections juridiques ou conventionnelles, mais relève du renforcement de l’employabilité et de la capacité des individus à gérer les transitions professionnelles. Bernard Conter remonte aux origines de la flexicurité en Hollande et au Danemark et à sa réception dans les forums internationaux. Dans une première partie, il identifie les acteurs, les arguments, les outils mobilisés dans des contextes nationaux et ensuite sur la scène européenne. À côté des interactions entre États, il met en évidence les discussions des partenaires sociaux européens, particulièrement concernés par la question. Dans la seconde partie, l’auteur examine la pertinence scientifique de la notion, revient sur la simplification du modèle danois dont elle procède, et s’interroge sur la capacité des modèles concrets de flexicurité à surmonter la récession des années 2008-2009.

Courrier hebdomadaire

La réglementation européenne en matière de nanotechnologies

Courrier hebdomadaire n° 2065, par Aida Maria Ponce Del Castillo, 40 p., 2010

Les nanotechnologies laissent entrevoir de très importantes possibilités de développement économique. Le marché mondial des nanotechnologies devrait s’élever entre 750 et 2 000 milliards d’euros d’ici 2015. On s’attend à ce que les nanotechnologies soient une source de progrès pour la société. Elles sont considérées comme les technologies clés du 21e siècle. Jusqu’à ce jour, le financement public dépasse le privé. Plus de soixante pays ont mis en place des programmes nationaux en matière de nanotechnologies et on assiste à une augmentation du nombre de brevets, dont la majorité vient de l’Union européenne, du Japon et des USA. Aida Ponce Del Castillo examine l’agenda européen en matière de nanotechnologies. Dans la première partie, elle discute les problèmes liés à la définition des nanotechnologies. Dans la seconde partie, elle analyse la dynamique du processus réglementaire en Europe et ses perspectives. Elle expose ensuite les avis des consommateurs, des groupes environnementaux et des syndicats. Dans la dernière partie, l’auteure donne quelques exemples d’initiatives nationales en matière de nanotechnologies.

Les @nalyses en ligne

La dynamique d’auto⁠-⁠transformation des clivages

par Vincent de Coorebyter, paru dans La Revue nouvelle, n° 10, octobre 2009, p. 58-65

Au terme des objections émises à égard des analyses précédentes, Vincent de Coorebyter répond à la thèse de la perte de substance des clivages en insistant sur deux dimensions essentielles de ce modèle d’analyse : la place centrale qu’il accorde à la société civile plutôt qu’aux partis politiques, d’une part, et le fait qu’un clivage engendre par lui-même un processus de contestation et de rééquilibrage qui entraîne sa transformation, d’autre part. Il souligne ainsi que le modèle des clivages repose sur un phénomène sociologique fondamental, celui de la domination. (texte de l’intervention lors de la soirée-débat organisée avec La Revue nouvelle après la publication du Courrier hebdomadaire n° 2000)

Les @nalyses en ligne
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Une Europe laïque. Vraiment ?

par Caroline Sägesser, paru dans Agenda interculturel, n° 273, mai 2009, p. 8-11

Les rapports entre l’Église et l’État ont été particulièrement conflictuels en Europe, avant de connaître une pacification qui demeure inégale d’un pays à l’autre. L’Europe, continent fortement sécularisé, reste le cadre d’intenses relations entre les pouvoirs politiques et les Églises, relations qui font encore débat, notamment dans le cadre de la construction européenne. Caroline Sägesser brosse ici un panorama des principales solutions qui ont émergé dans le cadre national, et des questions qui dominent l’actualité : le développement de l’islam en Europe, le phénomène du lobbying religieux et le maintien de positions privilégiées héritées de l’Histoire.

Courrier hebdomadaire

La stratégie de l’Union européenne en faveur du développement durable

Courrier hebdomadaire n° 1961, par Armelle Gouritin, Marc Pallemaerts, 44 p., 2007

Avec le Traité d’Amsterdam, le développement durable est devenu l’un des objectifs fondamentaux de l’intégration européenne. En 2001, le Conseil européen adopte une orientation politique nommée stratégie en faveur du développement durable (SDD). La même année, le développement durable est cité dans la déclaration de Laeken sur l’avenir de l’Europe parmi les valeurs définissant l’identité et le rôle de l’Union européenne dans le monde. Le Traité constitutionnel en fait aussi l’un des objectifs de l’Union européenne. Marc Pallemaerts et Armelle Gouritin analysent l’émergence du thème de développement durable dans le discours européen. Ils analysent le contenu de la stratégie adoptée à Göteborg en 2001 et sa mise en oeuvre. Ils mettent en évidence la relation pour le moins ambiguë qu’entretient la SDD avec les autres orientations de la politique de l’Union européenne, dont la stratégie de Lisbonne portant sur la croissance, l’emploi et la compétitivité. Ils concluent en rendant compte des développements les plus récents, à savoir les interférences entre la relance de la stratégie de Lisbonne en 2005 et la révision différée de la SDD, et l’adoption en 2006, cinq ans après Göteborg, d’une nouvelle stratégie qualifiée d’ambitieuse et globale, mais qui se révèle peu audacieuse à l’examen.

Courrier hebdomadaire

La régulation politique des OGM

Courrier hebdomadaire n° 1900, par Nathalie Schiffino, Frédéric Varone, 33 p., 2005

Il a fallu quatre ans à la Belgique pour transposer une directive européenne de 2001 régulant la dissémination volontaire et la commercialisation des organismes génétiquement modifiés. Une durée qui s’explique partiellement par les débats voire la controverse que suscitent les OGM. Aucun consensus ne se dégage, pas même au sein de la communauté scientifique, ni sur les risques potentiels ni sur les bénéfices escomptés des OGM. Les décideurs politiques ont manifesté leur volonté de soutenir le secteur des biotechnologies tout en ménageant une opinion publique réactive à la problématique. Après une description des termes du débat public sur les OGM, Nathalie Schiffino et Frédéric Varone présentent les données chiffrées sur l’état de la technique et des produits. Ils abordent ensuite la politique menée depuis le développement des OGM dans les années 1970. Les phases marquantes de la régulation sont ainsi mises en évidence. La première forme de régulation générale a évolué vers une régulation spécifique et institutionnalisée. Ceci n’a pas permis d’éviter une controverse publique ouverte par des crises sanitaires, qui ont conduit à une législation actualisée en fonction des récentes décisions européennes. Les auteurs présentent enfin le dispositif actuel de régulation des OGM : les acteurs concernés par la nouvelle réglementation, leurs moyens d’action et les interactions qui se nouent entre eux, ainsi que les questions qu’il pose en matière de consultation et de participation du public.

Courrier hebdomadaire

La proposition de directive Bolkestein

Courrier hebdomadaire n° 1890-1891, par Raoul Marc Jennar, 68 p., 2005

Le 13 janvier 2004, la Commission européenne approuvait la proposition de directive relative aux services dans le marché intérieur présentée par le commissaire Fritz Bolkestein. Selon la Commission, la législation en vigueur et la jurisprudence de la Cour européenne de justice ne suffisent pas pour instaurer une véritable concurrence transfrontalière dans les services. Elle propose donc d’éliminer les obstacles qui persistent. Seul le pays d’origine pourrait réglementer les activités des prestataires et surveiller leurs activités à l’étranger, tandis que le pays de destination ne conserverait que le droit d’opérer un contrôle rendu pratiquement inopérant par les limites qui lui sont imposées. L’opposition suscitée par la proposition de directive est sans précédent. Perçue comme une machine de guerre néo-libérale par les mouvements constitutifs du Forum social européen, la proposition de directive a cependant soulevé des critiques dans des milieux beaucoup plus larges. Après avoir rappelé la place des services dans les traités, Raoul Marc Jennar expose le contenu de la proposition de directive et les critiques qu’elle a suscitées en Belgique et au niveau européen. Il aborde ensuite son traitement politique par les conseils européens. Il examine les rapports des différentes commissions d’avis du Parlement européen et le projet de rapport d’Evelyne Gebhardt, qui propose de remplacer le principe du pays d’origine par le principe de reconnaissance mutuelle. L’auteur clôture son étude avec l’évocation des réponses données par la Commission tout au long de ce processus aux critiques adressées à son texte. La réception du rapport Gebhardt et la poursuite de la procédure législative, retardée par les divergences profondes qui se sont exprimées au sein du PPE et du PSE, feront l’objet d’une seconde étude qui couvrira les étapes ultérieures de la codécision.

Courrier hebdomadaire

La jurisprudence de la Cour de Justice européenne sur l’accès aux soins de santé et son impact

Courrier hebdomadaire n° 1883, par Tania Zgajewski, 48 p., 2005

Un nombre croissant de personnes vont se faire soigner à l’étranger. Face au refus de leur assurance maladie de les rembourser, elles ont très souvent obtenu gain de cause auprès de la Cour de justice des Communautés européennes. Les arrêts rendus par la CJCE transforment ainsi les conditions d’accès aux soins de santé dans l’Union européenne. Les avantages pour le citoyen européen sont perceptibles, comme le sont les conséquences à terme de la mise en concurrence des systèmes de santé nationaux, longtemps perçus comme une compétence exclusive des États membres. Pour faire le point sur la question, Tania Zgajewski rappelle d’abord le cadre général des traités européens en matière de soins de santé. Elle examine ensuite la portée des arrêts rendus par la CJCE. Ces arrêts ont entraîné une série d’initiatives du Conseil et de la Commission, dont la célèbre proposition de directive Bolkestein. En conclusion, l’auteur dégage une série d’enseignements de la jurisprudence de la Cour de justice sur le droit à la mobilité des patients, leur droit à l’accès à des soins médicaux plus rapides et à leur remboursement, l’accroissement des complémentarités dans l’offre sanitaire, etc. Mais cette jurisprudence dépasse la seule question des soins transfrontaliers. Elle touche inévitablement aux rapports entre les libertés économiques du marché intérieur et les fondements de la protection sociale organisée au niveau national. sur les prestations de santé. Cette jurisprudence éclaire enfin de façon très nette les équivoques du système des compétences de l’Union européenne.

Courrier hebdomadaire

Le cadre international et européen des politiques de lutte contre les changements climatiques

Courrier hebdomadaire n° 1858-1859, par Marc Pallemaerts, 61 p., 2004

Les politiques publiques de lutte contre les changements climatiques sont devenues l’un des principaux volets de la politique de l’environnement à tous les niveaux de pouvoir et dans un contexte de plus en plus internationalisé. Les enjeux de ces politiques touchent à tous les aspects du développement durable. Marc Pallemaerts analyse successivement les origines du débat scientifique et politique international qui sous-tend la lutte contre les changements climatiques, les principaux instruments juridiques internationaux (la Convention-cadre des Nations unies, le Protocole de Kyoto et leurs dispositions d’application) et finalement la politique de l’Union européenne en matière de changement climatique et les principales mesures communautaires qui ont été adoptées dans ce cadre. La communauté internationale est composée d’une multitude d’États souverains aux intérêts divergents. L’élaboration de tout régime multilatéral dépend de la règle du consensus. Ces deux constats expliquent largement l’extrême lenteur du processus intergouvernemental. Les maigres résultats de la Conférence de Buenos Aires en décembre 2004 confirment ce diagnostic. De nombreux États sont en effet réticents à envisager des réductions d’émissions beaucoup plus importantes que celles prévues par le Protocole de Kyoto d’ici 2012, alors que des mesures seront nécessaires dans les décennies à venir pour réaliser l’objectif ultime de la Convention-cadre des Nations unies qui est d’empêcher toute perturbation dangereuse du système climatique. Atteindre cet objectif ne sera possible que moyennant la participation de tous les pays industrialisés, y compris les États-Unis, ainsi que celle des grands pays émergents, à un effort concerté de « décarbonisation » graduelle de leurs économies.

Livres

Extrême droite et national⁠-⁠populisme en Europe de l’Ouest

Livre, par Pierre Blaise, Patrick Moreau, 584 p., 2004

Saccage de foyers pour demandeurs d’asile en Allemagne, profanation de cimetières en France, poussées électorales dans de nombreux pays, participation au gouvernement en Autriche, en Suisse et en Italie… l’extrémisme de droite connaît un indéniable essor en Europe de l’Ouest. Certains de ses succès électoraux ont été suivis d’un déclin rapide, mais le phénomène demeure fort préoccupant. Ses performances électorales comme ses participations gouvernementales donnent l’impression que l’extrême droite est de plus en plus acceptée aujourd’hui, parmi la population autant que par les partis politiques démocratiques. Il n’y a pas une extrême droite en Europe occidentale : elle se décline en diverses mouvances qui s’inscrivent dans des contextes politiques spécifiques aux États. C’est la raison pour laquelle le CRISP publie aujourd’hui un livre ambitieux qui a pour titre Extrême droite et national-populisme en Europe de l’Ouest. Analyse par pays et approches transversales. Le titre choisi pour ce livre indique les voies de recherche suivies : repérer les éléments de continuité avec le passé mais aussi les dimensions modernes de cet extrémisme de droite, mettre en évidence des convergences mais aussi des oppositions entre les situations nationales. Le résultat de ces recherches débouche sur un livre de 584 pages, conçu pour un large public, mais qui se refuse à toute simplification outrancière ou à toute dissimulation des faits. La quantité d’archives disponibles, d’interviews réalisées et d’informations rassemblées autorise une analyse détaillée et quantifiée des organisations d’extrême droite en Europe, même si la priorité a été l´étude des formations dont les succès électoraux ont défrayé la chronique. Les péripéties internes aux divers groupes politiques sont laissées au second plan pour permettre une présentation des événements politiques clés, des stratégies politiques, des biographies, des modes d’organisation qui ont exercé une influence sur la constitution et l’évolution des partis d’extrême droite en Europe. La sociologie électorale est, elle aussi, présente dans cet ouvrage. Elle doit permettre au lecteur de comparer les évolutions des systèmes politiques. Des approches transversales complémentaires abordent des problématiques nouvelles, comme l’internet, ou transnationales, comme la Nouvelle droite, la culture skinhead ou l’ésotérisme. La conclusion propose d’établir un bilan, de faire émerger des lignes de forces malgré la complexité découlant des analyses nationales et transversales. L’analyse est présentée au public à la veille de l’élection du Parlement européen de juin 2004, de manière à donner des clés pour interpréter les résultats de l’extrême droite à ce scrutin. Les résurgences régulières de la tradition antidémocratique montrent qu’elle n’est jamais éradiquée, ce qui rend impossible tout véritable pronostic sur son avenir.

Courrier hebdomadaire

La libéralisation du secteur ferroviaire et ses conséquences en Belgique

Courrier hebdomadaire n° 1771-1772, par Franklin Dehousse, François Gadisseur, 56 p., 2002

Les chemins de fer ont longtemps échappé à la mise en œuvre des règles de base du Traité de Rome. Leurs missions de service public, la variété des normes nationales, le poids des fournisseurs traditionnels et les résistances des syndicats de la fonction publique ont longtemps conjugué leurs effets pour éviter l’ouverture à la concurrence. Cependant, depuis le début des années 1990, le développement du marché unique a commencé à exercer son influence.

Courrier hebdomadaire

L’ouverture du marché postal. Réglementation européenne et application en Belgique

Courrier hebdomadaire n° 1749-1750, par Franklin Dehousse, Carole Maczkovics, 57 p., 2002

L’ouverture du marché postal à la concurrence a rencontré, comme celle des chemins de fer, des résistances très importantes. Son impact a souvent été contesté : allait-elle permettre le maintien d’une couverture homogène du territoire, et n’allait-elle pas être néfaste pour l’emploi ? Aussi, l’établissement de la concurrence a été lent jusqu’ici. Depuis les années nonante, le débat a toutefois changé de sens, parce que les mutations de la société de l’information laissent prévoir des retombées contrastées pour le secteur des postes. D’un côté, le développement des échanges électroniques, surtout sécurisés, représente une menace pour le courrier traditionnel. De l’autre, le développement du commerce électronique laisse entrevoir de nouvelles opportunités. La conscience de ces mutations incite maintenant les monopoles traditionnels à accepter davantage la nécessité d’une adaptation. Franklin Dehousse et Carole Maczkovics rappellent les principes généraux du Traité de Rome, tels qu’ils ont été précisés par la jurisprudence de la Cour de Justice des Communautés européennes. Le secteur postal a en effet provoqué à plusieurs reprises des décisions importantes pour les services d’intérêt général. Ils abordent ensuite les développements progressifs de la politique européenne dans le secteur postal. Ils examinent la directive postale de 1997 et la proposition de nouvelle directive présentée par la Com-mission en 2000 et adoptée en octobre 2001. Pour conclure, ils abordent la réforme du secteur postal entamée en Belgique depuis 1991. La restructuration en cours de La Poste est examinée sur le plan de l’organisation de l’entreprise ainsi que sur le plan social.

Courrier hebdomadaire

L’Europe de l’énergie : un projet toujours reporté

Courrier hebdomadaire n° 1698-1699, par Franklin Dehousse, Tsonka Iotsova, 76 p., 2000

La brusque montée des prix du pétrole en 2000 a remis en évidence la dépendance énergétique des pays de l’Union européenne et l’absence d’une approche coordonnée dans ce domaine stratégique. Le secteur de l’énergie, qui est un des domaines d’intervention les plus anciens de la Communauté européenne, constitue un des seuls où le marché unique reste loin d’être achevé. Ce retard ne s’explique pas par le maintien du vote à l’unanimité. L’énergie suscite des controverses politiques importantes. D’abord, ce secteur économique fonctionne selon des règles souvent éloignées des principes classiques de la concurrence. Ensuite, les ressources et les politiques énergétiques des États membres sont extrêmement différentes. Enfin, aux intérêts financiers considérables en jeu s’ajoutent les questions liées à la politique de l’environnement, à la dépendance extérieure de l’Europe et à la compétitivité. Depuis des décennies, les propositions de la Commission n’ont recueilli qu’un appui limité. Après avoir tenté de mettre à profit les chocs pétroliers, elle a essayé d’utiliser le marché unique, puis la montée des préoccupations environnementales, pour relancer ses projets – avec un succès relatif. Ceci correspond maintenant à une sorte de cycle bien établi, que les événements de 2000 ont encore confirmé. Les spécificités du secteur, indispensables à la bonne compréhension des questions énergétiques communautaires, font l’objet de la première partie du Courrier hebdomadaire . Les différentes initiatives proposées dans le cadre de la Communauté sont présentées dans la deuxième partie. La troisième partie détaille les initiatives européennes dans les secteurs du gaz, de l’électricité, du pétrole et dans le secteur nucléaire. Enfin, la quatrième partie est consacrée à la dimension extérieure de la politique énergétique européenne.

Courrier hebdomadaire

La réforme des fonds structurels européens

Courrier hebdomadaire n° 1605-1606, par Luc Vandendorpe, 66 p., 1998

Si l’unification européenne devient chaque jour une réalité plus concrète, notamment à travers la mise en place progressive de la monnaie unique, les institutions et mécanismes de décision politique européenne restent encore peu connus. C’est ainsi qu’en 1994, la Wallonie, le Hainaut en particulier, se découvrit avec surprise « éligible à l’Objectif n° 1 ». En 1996, le CRISP publiait, un Courrier hebdomadaire consacré à l’Objectif n° 1 en Hainaut. Avec l’Objectif n01, la politique régionale de l’Union européenne est entrée dans la vie quotidienne des citoyens du Hainaut comme dans celle des citoyens de nombreuses régions d’Europe. Aujourd’hui se déroulent, de, sommet en sommet, les négociations entre États membres sur l’avenir des grandes politiques de l’Union européenne : politique agricole commune, politique régionale, élargissement. Autant la politique agricole a su « médiatiser » sa problématique, à travers les « marathons agricoles » et les prises de position publiques des acteurs du secteur, autant la politique régionale est restée discrète sur ses mécanismes, procédures et objectifs. Au moment où se dessinent les perspectives financières et opérationnelles de cette politique, il a semblé utile de consacrer un Courrier hebdomadaire à l’évolution de la politique régionale européenne depuis 1975 ainsi qu’à l’analyse de quelques enjeux de la réforme en cours, qui doit décider des grandes orientations pour la période 2000-2006. La politique régionale européenne finance de nombreux programmes de développement et de reconversion en Europe au moyen d’instruments financiers appelées fonds structurels. Les fonds structurels désignent les enveloppes budgétaires que l’Union européenne réserve à la politique visant à adapter les structures économiques des régions fragiles ou défavorisées d’Europe. Ces fonds sont aujourd’hui au nombre de quatre : - le Fonds européen de développement régional - FEDER, dont le champ d’intervention couvre principalement les infrastructures, les investissements productifs et le développement des PME ; - le Fonds social européen - FSE, dont l’action est centrée sur la formation professionnelle et l’insertion sur le marché du travail ; - le Fonds européen d’orientation et de garantie agricole, section orientation - FEOGA-O, qui soutient le développement rural ; - depuis 1993, l’instrument financier d’orientation de la pêche - IFOP soutient l’adaptation des structures de ce secteur. À côté des quatre fonds structurels, l’Union européenne a institué en 1992 le Fonds de cohésion, destiné à financer le développement des infrastructures de transport et l’amélioration de l’environnement dans les quatre pays les plus pauvres d’Europe (Espagne, Portugal, Irlande et Grèce). La Commission européenne a également proposé en 1997 la création d’un instrument financier spécifique visant à aider l’adhésion de nouveaux États membres. La politique structurelle de l’Europe et ses instruments est donc en perpétuelle évolution, au fil des négociations financières pluriannuelles de l’Union. Initiée en 1975, la politique régionale de l’Union européenne a connu plusieurs réformes successives et représente aujourd’hui le deuxième poste budgétaire de l’Union, après la politique agricole commune - PAC. Un tiers du budget européen est consacré à la politique régionale. Pour 1997, sur un budget total de 81.754 millions d’écus, la PAC représentait 47,2%, les interventions des fonds structurels et du Fonds de cohésion, 33,6%, la politique interne, 6,2%, la politique externe, 6,1% l’administration, 4,8% et les réserves 2,1%. L’évolution des fonds structurels peut être interprétée en référence aux élargissements successifs de l’Union européenne et des nouvelles préoccupations que chaque nouveau pays imposait à l’ensemble. Ainsi, la création du FEDER en 1975 suit-elle l’entrée du Royaume Uni et de l’Irlande dans la Communauté. Le Royaume Uni, en effet, n’est que faiblement bénéficiaire de la Politique agricole commune - PAC mise en place par les six pays fondateurs de la Communauté. Le FEDER vise ainsi notamment à soutenir les zones industrielles en déclin, en particulier au Royaume Uni. La réforme de 1984 vise à répondre aux défis posés par l’adhésion de la Grèce (1981), puis de l’Espagne et du Portugal (1986). La réforme de 1988, qui voit doubler la dotation budgétaire des fonds, suit l’Acte unique de 1987 et vise à éviter une aggravation des déséquilibres régionaux dans le cadre du marché unique. La réforme de 1993, quant à elle, se situe dans la perspective de l’Union économique et monétaire (Traité de Maastricht). Pour éviter que l’UEM ne provoque la marginalisation des pays du Sud est mis en place le Fonds de cohésion, destiné à aider les quatre pays les plus pauvres d’Europe (Espagne, Portugal, Grèce, Irlande) à rencontrer les conditions de convergence fixées dans le Traité de Maastricht. À côté de leur double rôle économique de redistribution et de croissance, les fonds structurels exercent également une influence politique considérable, d’une double façon : d’une part, les programmes structurels étant négociés entre la Commission et l’État membre, celle-ci influence le choix des axes prioritaires et des actions cofinancées ; d’autre part, la mise en œuvre des programmes structurels nécessite une adaptation de l’appareil politico-administratif des pays et régions bénéficiaires (suivi, évaluation, programmation,... ).

Courrier hebdomadaire

Les enjeux de l’élargissement de l’Union européenne

Courrier hebdomadaire n° 1600, par Franklin Dehousse, 43 p., 1998

En 1989, les régimes communistes de l’Europe centrale et orientale ont connu un effondrement soudain. Cet événement, tout à fait inattendu, a provoqué une grande surprise dans les États d’Europe occidentale. Il a également modifié de façon fondamentale le débat sur l’élargissement de la Communauté européenne. Rapidement, celle-ci a lancé un programme de développement des relations commerciales avec les pays d’Europe centrale et orientale (PECO). Elle a également organisé un programme d’assistance financière (PHARE). Toutefois, pendant plusieurs années, son projet politique est resté obscur. De façon révélatrice, dans les accords d’association conclus à partir de 1991 avec les PECO, l’élargissement de la Communauté européenne apparaissait comme un objectif des Etats associés, et non des Etats membres de la Communauté. Cette position a changé au Conseil européen de Copenhague en 1993. La légitimité des demandes d’adhésion des PECO a été reconnue. En même temps, les conditions de leur adhésion ont été énoncées. Depuis lors, l’Union européenne s’est engagée dans un des projets les plus ambitieux de toute son histoire. En 1997, le Conseil européen d’Amsterdam a déclaré que les négociations d’adhésion s’ouvriraient en 1998. Le Conseil européen de Luxembourg a accepté la candidature de dix pays candidats. Les négociations ont commencé en 1998 avec une première vague de six pays : Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovénie. Cinq pays devraient suivre dans une seconde vague : la Bulgarie, la Lettonie, la Lituanie, la République Slovaque, et la Roumanie. Ce nouvel élargissement de l’Union européenne représente un défi considérable, pour les Etats candidats, mais aussi pour les Etats membres. Il obligera ceux-ci à réformer les institutions, les politiques et les mécanismes financiers de l’Union européenne. Il obligera aussi les États candidats à poursuivre des réformes économiques et sociales très profondes. À l’avenir, l’Union européenne va acquérir des traits fort différents. Du point de vue géographique, elle couvrira une très grande partie du continent. Du point de vue économique, elle rassemblera des populations d’un niveau de richesse extrêmement varié. Du point de vue géopolitique, elle deviendra une voisine directe de la Russie. À cet égard, l’élargissement de l’Union européenne se trouve étroitement lié à celui de l’OTAN. Du point de vue institutionnel, elle rassemblera presque autant d’États membres que le Conseil de l’Europe en 1989. La préparation de l’élargissement va par conséquent être longue, compliquée, et novatrice. Pour comprendre l’ampleur des problèmes, il convient de revenir sur le contexte politique, et les objectifs parfois variés poursuivis par les États membres. Nous aborderons alors la stratégie de préparation .entamée depuis 1991. Il sera alors possible d’examiner le programme présenté par la Commission européenne dans Agenda 2000 et les implications de l’élargissement pour les États candidats comme pour l’Union européenne.