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Courrier hebdomadaire

Les débats autour de l’interdiction de l’abattage rituel

Courrier hebdomadaire n° 2385, par Caroline Sägesser, 45 p., 2018

Depuis 1986, la législation belge impose aux abattoirs de mettre à mort les animaux « suivant la méthode la moins douloureuse », c’est-à-dire après étourdissement ou anesthésie. Cependant, elle prévoit une exception pour les animaux « faisant l’objet de méthodes particulières d’abattage requises par certains rites religieux ». En effet, le judaïsme et l’islam édictent diverses prescriptions alimentaires visant à rendre la viande propre à la consommation par les fidèles de l’une ou l’autre religion. Pour que sa viande soit casher , un animal doit être abattu selon les règles de la shehita  ; pour qu’elle soit halal , il doit l’être selon les règles du dhakât . Ces deux méthodes d’abattage réclament que l’animal soit conscient lors de sa mise à mort par tranchage du cou. Sont concernés le bétail (bovins, ovins et caprins) et la volaille. C’est l’abattage destiné à produire de la viande halal, répondant aux besoins d’une population musulmane européenne en croissance, qui fait l’objet de la plus forte visibilité médiatique, particulièrement lors de la célébration de l’Aïd el-Kébir (ou Aïd el-Adha) : la « fête du Sacrifice ». Au nom du bien-être animal, la Wallonie et la Flandre ont mis fin, à partir de 2019, à l’exception relative aux abattages prescrits par un rite religieux. Désormais, tout animal mis à mort dans un abattoir doit être préalablement étourdi ou anesthésié. Au nom des droits fondamentaux, diverses organisations issues des communautés juive et musulmane ont déposé un recours contre ces mesures auprès de la Cour constitutionnelle, dont le Consistoire central israélite de Belgique (CCIB) et l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). En Région bruxelloise, de vifs débats sont en cours depuis plusieurs années, tant au sujet de la question des lieux d’abattage qu’au sujet de celle des méthodes d’abattage.

Courrier hebdomadaire

Les motions de méfiance constructive dans les communes wallonnes (2012⁠-⁠2018)

Courrier hebdomadaire n° 2378, par Archibald Gustin, 34 p., 2018

Courrier hebdomadaire

Le mouvement coopératif. Histoire, questions et renouveau

Courrier hebdomadaire n° 2370-2371, par Julien Dohet, 56 p., 2018

Après une longue période de déclin dans la seconde moitié du XXe siècle, le mouvement coopératif connaît actuellement une nouvelle vigueur. De multiples initiatives coopératives voient le jour et se développent, participant à un véritable mouvement de fond. Ce retour du modèle coopératif est notamment le fait d’activités ressortissant de l’« économie sociale » (ou « secteur privé non lucratif »). Ces structures visent à produire des biens ou services en poursuivant une finalité d’utilité collective, en accordant la primauté à l’humain sur le capital, et en faisant le choix d’une lucrativité limitée. En Belgique francophone, il s’agit surtout d’initiatives liées à la production et à la consommation d’aliments. Cette recherche d’alternatives au modèle capitaliste prédominant a derrière elle une histoire déjà longue. En Belgique, les coopératives sont apparues dans le dernier quart du XIXe siècle, ont connu leur apogée dans l’entre-deux-guerres, et ont été des acteurs économiques de poids jusqu’au début des années 1980. Les initiatives coopératives actuelles s’inscrivent dans la lignée des coopératives historiques, et en particulier de celles qui étaient liées au mouvement socialiste. Au-delà de leur objet premier, ces coopératives socialistes portaient en effet un projet global de changement de la société. Il est frappant de constater combien les débats, parfois vifs, qui traversent les initiatives coopératives d’aujourd’hui trouvent un écho direct dans les questionnements auxquels ont été confrontées les coopératives d’hier. Comment assurer une alimentation de qualité à un prix accessible ? Comment toucher réellement les classes populaires et non uniquement les classes plus favorisées ? Comment assurer un fonctionnement interne démocratique ? Quels rapports entretenir avec les producteurs et avec les consommateurs ? Etc. L’histoire éclaire ici le présent d’une façon tout spécialement riche et interpellante.

Podcasts

Le dossier ARCO

intervention de Serge Govaert diffusée dans L’actualité en 3D sur Radio Panik avec Julien Pieret, 4 juin 2018

ARCO, c’est le nom donné à la fédération des coopératives du Mouvement ouvrier chrétien, responsable de la gestion des épargnes des membres de ce mouvement. En particulier, dès les années 1990, ARCO a massivement investi dans les actions de la banque DEXIA... dont le taux a dramatiquement chuté à la suite de la crise financière de 2008. Avec cette crise, c’est toute l’épargne des coopérateurs du Mouvement ouvrier chrétien, en particulier flamand, qui s’est envolée. Depuis dix ans, la question du remboursement de ces coopérateurs agite la politique... Quels sont les enjeux économiques mais aussi politiques que soulève ce dossier tant au niveau flamand et belge qu’européen ? Quelles sont actuellement les solutions qui lui ont été apportées ? Comment se positionnent les différents partis politiques autour de ce dossier au poids symbolique et budgétaire colossal ?

Courrier hebdomadaire

La réforme de la fonction consultative en Wallonie

Courrier hebdomadaire n° 2364-2365, par Anne Guisset, 64 p., 2017

En Belgique, la fonction consultative est un élément inhérent à la prise de décision politique. Rassemblant les interlocuteurs sociaux (organisations patronales et syndicales) et éventuellement diverses organisations de la société civile (désignées selon la thématique concernée), elle a pour objectif d’associer ceux-ci aux processus décisionnels dans une série de domaines, à commencer par les matières économiques et sociales. Elle consiste en l’organisation de l’élaboration d’avis par les acteurs consultés, sur la base de leurs opinions et expertises respectives et dans l’objectif de dégager si possible des positions consensuelles, puis en la remise de ces avis aux autorités publiques. Celles-ci ont ensuite la liberté relative de suivre ou non les avis qu’elles ont reçus. Au niveau régional wallon, la fonction consultative est en grande partie centralisée au sein du Conseil économique et social de Wallonie (CESW). La fonction consultative wallonne a récemment connu une importante réforme. Impulsée par le gouvernement Magnette (PS/CDH) en juillet 2014 et pilotée par le ministre-président lui-même, cette réforme a poursuivi un but de rationalisation. Il s’est agi tout à la fois de réduire le nombre des instances, de simplifier leur fonctionnement et d’accroître leur représentativité démocratique. Adoptée par le Parlement wallon le 15 février 2017, la réforme a notamment mené à une refonte de l’architecture du CESW. Désormais, celui-ci héberge – outre des commissions internes centrées sur les matières économiques et sociales – sept pôles thématiques intégrant d’anciennes instances. Si, initialement, Paul Magnette avait évoqué le principe d’une « table rase », la réforme effectivement adoptée a un caractère plus limité. Elle est loin de concerner l’ensemble des instances consultatives existantes et elle maintient la place prépondérante des interlocuteurs sociaux. Dès lors, elle est remise en cause par divers acteurs politiques et organisations de la société civile. Ainsi, dès juillet 2017, le gouvernement Borsus (MR/CDH) a fait part de son projet d’introduire un pilier environnemental au sein du CESW.

Courrier hebdomadaire

Le dossier Arco

Courrier hebdomadaire n° 2361-2362, par Serge Govaert, 65 p., 2017

Le 26 juillet 2017, le gouvernement fédéral Michel (N-VA/MR/CD&V/Open VLD) est parvenu à une décision dans un dossier vieux de près de dix années : le dossier Arco, du nom de son principal protagoniste. Source de nombreux conflits mais aussi d’accords plus ou moins discrets, objet de divergences d’interprétation et, par ailleurs, révélateur de ce qui persiste de l’impact des clivages traditionnels dans la société et la politique belges, ce dossier est à la croisée d’enjeux financiers, économiques, judiciaires et politiques d’une ampleur non négligeable. Le Conseil des ministres a tranché : les détenteurs de parts de la société coopérative Arco, en liquidation depuis fin 2011, seront partiellement indemnisés des pertes subies suite à l’effondrement et au démantèlement du holding Dexia SA, dont Arco était l’un des actionnaires avec une participation de l’ordre de 16%. Cette solution prendrait la forme de la constitution d’un fonds alimenté par trois sources : la vente de participations de l’État dans Belfius Banque (qui a succédé à Dexia Banque Belgique), les sommes dégagées à l’issue de la liquidation de trois coopératives du groupe Arco (Arcoplus, Arcofin et Arcopar), et un apport de la composante flamande du mouvement ouvrier chrétien, beweging.net (anciennement Algemeen Christelijk Werknemersverbond, ACW). Quelle que soit la portée de cet accord gouvernemental (et sa légitimité, voire sa conformité avec le droit, notamment européen), il clôt à ce stade une longue période d’incertitudes, d’atermoiements et surtout de recherche d’une solution entre des acteurs multiples aux intérêts divergents. Ce dossier éclaire plusieurs facettes de la prise de décision économique et politique en Belgique. Ce Courrier hebdomadaire en dégage l’historique et les enjeux et précise les positions de ses principaux acteurs.

Les @nalyses en ligne

Cette crise migratoire interroge les frontières de la citoyenneté

interview de John Pitseys par Corentin Di Prima, parue dans Le Soir, 2 février 2018, 6 p.

Mouvement citoyen, « démocratie participative », « participation citoyenne »… on en passe. Les relations entre le système démocratique et le statut de ceux qui lui donnent corps, les citoyens, reviennent régulièrement au cœur des débats d’actualité. La plateforme citoyenne qui s’est constituée autour du sort des migrants qui transitent par la Belgique et dont le parc Maximilien est devenu le symbole en constitue l’épisode récent le plus marquant. La carte blanche de Bart De Wever publiée dans De Morgen et reproduite dans Le Soir posait également cette question. Qu’est-ce qu’être citoyen ? « Si nous déclarons qu’il n’existe plus de frontières et que chacun doit pouvoir compter sur notre solidarité, nous nous retrouvons alors dans une situation où il n’y a plus de concitoyens avec lesquels nous pouvons être solidaires, mais seulement des êtres humains qui sont ici aujourd’hui, mais peuvent être n’importe où demain », écrivait notamment le président de la N-VA. Dans ce contexte, il est utile de clarifier les rapports entre la démocratie et la citoyenneté, deux concepts différents mais nécessairement liés.

Courrier hebdomadaire

La Ligue des familles (1950⁠-⁠1975)

Courrier hebdomadaire n° 2355-2356, par Élodie Tallier, 63 p., 2017

Dès sa création en 1921, la Ligue des familles repose sur deux fondements. D’une part, elle a pour objectif d’unir les familles, afin de contribuer à la défense de leurs intérêts moraux et matériels. D’autre part, elle a pour volonté d’être pluraliste, c’est-à-dire ouverte à toutes les familles, indépendamment de leurs convictions philosophiques ou politiques. Le premier aspect se traduit par un élargissement progressif de son recrutement. Alors que la Ligue ne s’adresse à l’origine qu’aux familles de quatre enfants et plus, elle intègre peu à peu les familles de trois enfants (1950), puis les jeunes foyers (1955) et enfin l’ensemble des familles (1971). Dans le même temps, elle offre à ses membres un nombre de services toujours croissant : aide au logement, fonds d’études, carte de réduction pour les transports en commun, timbres ristournes, périodique d’information (Le Ligueur), etc. Elle mène également quelques combats, visant notamment à l’instauration d’une allocation pour les mères au foyer et à la création d’un Ministère autonome de la Famille. Quant à elle, la volonté de pluralisme n’est guère simple à incarner. Dans les faits, la Ligue est longtemps proche du pilier chrétien, comme en témoignent les caractéristiques sociologiques de ses dirigeants, militants et membres, les réseaux de ses responsables, et les idéologies fondant ses revendications et son programme. Cette contradiction interne est la source de vives tensions au sein du mouvement et de sensibles problèmes quant à son image et à sa crédibilité. Des années 1950 aux années 1970, la Ligue œuvre résolument, en plusieurs étapes, à mettre en œuvre la perspective pluraliste dont elle se réclame. Toutefois, cela contraint le mouvement à perdre de son identité de groupe de pression. En effet, c’est au prix d’un abandon de sa capacité à adopter des positions fortes et à mobiliser ses membres que la Ligue parvient à devenir réellement un mouvement pluraliste. Une évolution qu’illustre par exemple l’histoire de ses positions en matière de dépénalisation de l’avortement.

Dossiers

Démocratie et citoyenneté (2017)

Dossier n° 88, par John Pitseys, 116 p., 2017

Omniprésente dans le débat public, l’idée de citoyenneté brasse un grand nombre de thèmes différents et parfois contraires. De son côté, le thème de la démocratie suscite à la fois un scepticisme croissant quant à sa capacité à promouvoir le bien commun et de nombreuses questions sur le sens même du terme. En dépit ou à cause de l’association régulière de ces deux termes, démocratie et citoyenneté entretiennent des relations complexes. L’exercice de la citoyenneté représente une dimension importante de la vie démocratique. Selon la manière dont il est défini, il peut lui être aussi un obstacle : la citoyenneté désignant les conditions d’inclusion de l’individu dans la communauté politique, elle peut aussi constituer un facteur d’exclusion. Ce Dossier s’attache à apporter quelques clarifications sur ces deux thématiques et sur leurs relations. Après avoir défini les différentes dimensions de la citoyenneté, il traite des rapports entre citoyenneté et démocratie puis envisage les conditions d’exercice de la citoyenneté démocratique. Il s’intéresse aussi aux lieux physiques et symboliques de la citoyenneté ainsi qu’à quelques enjeux contemporains.

Les @nalyses en ligne

Les mouvements sociaux au 21e siècle : entre tradition et nouveauté

par Jean Faniel, paru dans Cahiers du CIEP, n° 22, 1er décembre 2017, p. 5-10

Au cours des dernières années, plusieurs mouvements ont fait une apparition remarquée sur la scène socio-politique : les Indignés, Nuit Debout ou, plus au Sud, les « Printemps arabes ». Au tournant du millénaire, c’est l’altermondialisme qui avait incarné de nouvelles formes de militantisme. Assiste-t-on, dès lors, à un renouvellement de l’action collective à caractère contestataire ? Probablement. Mais la nouveauté supposée de ces mouvements sociaux doit être mise en perspective. En effet, invoquer un renouveau de l’action collective… n’est pas neuf. Inversement, des mouvements plus anciens, tel le mouvement syndical, sont parfois perçus ou présentés comme vieillots, ringards, voire tout à fait obsolètes. Or, ces mouvements à l’histoire plus longue ont bien souvent démontré une capacité à se renouveler, ce que la focalisation sur des mouvements d’apparition récente peut faire perdre de vue. Une petite plongée dans la diversité des mouvements sociaux permet de questionner les notions de tradition et de nouveauté dans ce champ.

Les @nalyses en ligne

Les mouvements sociaux en Belgique, entre pilarisation et dépilarisation

par Corinne Gobin et David Paternotte et Jean Faniel, paru sur Beep. Bulletin de liaison électronique de l’éducation permanente, n° 2, décembre 2017, p. 6-9

La Belgique compte un tissu d’organisations très dense et une riche histoire de mobilisations sociales de natures et de formes variables. Si la conflictualité sociale est clairement à l’œuvre dans le monde du travail, elle n’est pas l’apanage de celui-ci. Et la défense collective d’intérêts communs peut passer par d’autres voies que la grève ou la manifestation, figures emblématiques de l’action collective. Les mobilisations peuvent être le fait de groupes informels ou, au contraire, être portées par des structures solides et s’inscrivant dans une certaine profondeur historique. Comment définir les contours des mouvements sociaux et comment caractériser le paysage belge en la matière ?

Courrier hebdomadaire

Le G1000 : une expérience citoyenne de démocratie délibérative

Courrier hebdomadaire n° 2344-2345, par Didier Caluwaerts, Sophie Devillers, Jérémy Dodeigne, Vincent Jacquet, Jonathan Moskovic, Min Reuchamps, 102 p., 2017

Le 11 novembre 2011, un sommet citoyen d’une ampleur inédite a lieu sur le site de Tour & Taxis, à Bruxelles. Toute une journée durant, 704 « citoyens ordinaires », choisis par tirage au sort, débattent de différentes thématiques sélectionnées à la suite d’une consultation publique en ligne : sécurité sociale, répartition des richesses en temps de crise, immigration… Cet événement constitue le moment le plus visible d’un projet plus large de démocratie participative et délibérative citoyenne  : le G1000. Le même jour, se tiennent en effet aussi plusieurs dizaines de G’Offs (constituant localement autant de sommets citoyens en miniature) ainsi qu’un G’Home (consistant en un forum en ligne). Quelques mois plus tard, un panel citoyen prolonge ces réflexions et travaux : le G32. Accompagnés de divers acteurs académiques, syndicaux, patronaux et associatifs, 32 citoyens transforment en recommandations concrètes les propositions issues du sommet citoyen. Le 11 novembre 2012, les résultats finaux du G1000 sont présentés à la presse en présence de divers présidents d’assemblées parlementaires. À ce jour, le G1000 constitue la plus grande initiative de ce type qui ait été organisée en Belgique. Sa particularité réside dans le fait d’avoir été entièrement initié, conçu et mené « par et pour des citoyens » (c’est-à-dire sans intervention des pouvoirs publics). Il s’inscrit dans le courant de la démocratie délibérative, selon lequel la force de toute démocratie réside dans le débat public et, surtout, dans les délibérations entre citoyens à propos des questions de société. Ce Courrier hebdomadaire présente le processus complet du G1000, de son inspiration à ses résultats : cadre théorique, équipe organisatrice, déroulement, financement, etc. Une attention particulière est réservée aux impacts de cette expérience, qu’ils soient médiatiques, publics, politiques ou sociétaux.

Courrier hebdomadaire

La Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT), 1971⁠-⁠1984

Courrier hebdomadaire n° 2335-2336, par Simon Hupkens, 86 p., 2017

Pour marginal qu’il soit dans l’histoire politique du pays, le mouvement trotskyste belge n’en a pas moins une histoire riche et originale. Débutée en 1928, celle-ci est certes faite de résultats électoraux fort modestes et de multiples scissions entre tendances. Mais elle est aussi et surtout traversée par une implication marquée, soutenue et variée dans de nombreux aspects de la vie économique et sociale. Durant toutes les années 1970 et jusqu’au milieu des années 1980, le mouvement trotskyste belge s’incarne principalement dans la Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT, en néerlandais Revolutionaire Arbeiders Liga – RAL). À sa fondation, celle-ci est l’héritière d’une tradition déjà longue. Sa création résulte d’ailleurs de la fusion de plusieurs formations politiques. En outre, elle compte la Jeune Garde socialiste (JGS) parmi ses organisations constitutives. Avec la naissance de la LRT, le trotskysme belge sort de la clandestinité à laquelle il s’était jusqu’alors toujours astreint, pour mener désormais ses combats au grand jour. Aujourd’hui, le parti est toujours actif, sous le nom de Gauche Anticapitaliste (en néerlandais SAP-Antikapitalisten). Retracer l’histoire de la LRT durant ses quatorze années d’existence, de sa fondation en 1971 à sa transformation en Parti ouvrier socialiste (POS, en néerlandais Socialistische Arbeiderspartij – SAP) en 1984, c’est analyser la manière dont un mouvement révolutionnaire a perçu une période souvent considérée a posteriori comme un « âge d’or des luttes ». C’est étudier les moyens qu’il a mis en œuvre pour investir les conflits sociaux à une époque de profond renouvellement des cadres, types et modes de revendication. C’est examiner les thématiques portées et les changements de pratique opérés par les différentes générations de militants, chacune contribuant à perpétuer le parti tout en le refaçonnant.

Courrier hebdomadaire

La communication des mouvements sociaux : Alliance D19⁠-⁠20 et Tout autre chose

Courrier hebdomadaire n° 2323, par Robin Van Leeckwyck, 48 p., 2016

Le Printemps arabe, les Indignés, Occupy Wall Street, Nuit debout : ces quelques exemples récents sont emblématiques de l’importance cruciale que revêtent désormais, pour les mouvements sociaux, le développement et la maîtrise des outils de communication. Ces quatre mouvements ont en effet en commun de devoir beaucoup aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) : qu’il s’agisse de leur organisation, de la diffusion de leurs revendications, de leur capacité de mobilisation, du retentissement médiatique de leurs actions, etc. À tel point que certains d’entre eux sont parfois qualifiés de « révolution Facebook », « révolution Twitter » ou « révolution 2.0 ». Afin de contribuer à l’analyse des pratiques communicationnelles des mouvements sociaux belges, ce Courrier hebdomadaire étudie ce qu’il en est pour deux d’entre eux : l’Alliance D19-20 et Tout autre chose. Il s’agit tout à la fois de percevoir leur structuration et leur mode de fonctionnement (communication interne) et de déterminer la manière dont ils portent leur volonté de s’opposer aux pouvoirs politiques, financiers et médiatiques en place (communication externe). Une attention spécifique est réservée aux « groupes communication » et autres personnes prenant en charge les activités de communication au sein de ces deux mouvements. De même, l’accent est spécialement mis sur la communication par et sur les réseaux sociaux. Nombreuses sont les différences relevées entre l’Alliance D19-20 et Tout autre chose. Cependant, ceux-ci sont confrontés aux deux mêmes enjeux fondamentaux. D’une part, comment gérer la tension qui existe entre professionnalisation et démocratisation de la communication ? Certains membres estiment qu’il est nécessaire de disposer de compétences poussées pour pouvoir assurer le rôle de communiquer, alors que d’autres considèrent que, grâce aux TIC, n’importe qui peut désormais s’en charger. D’autre part, comment concilier la nécessité de se coordonner et la volonté originale de ne pas adopter de structure hiérarchique ? De l’équilibre trouvé dépend l’existence même d’une ligne de communication commune à l’ensemble des membres du mouvement.

Les @nalyses en ligne

Globaliser la démocratie, pas la gadgétiser

interview de Jean Faniel et John Pitseys par Aurélien Berthier, parue dans Agir par la culture, n° 48, hiver 2016, p. 10-13

Face aux interrogations sur notre système représentatif, il est utile de développer une vision plus globalisante de la démocratie, qu’il ne faudrait pas réduire au seul temps électoral ni même aux lois et institutions. Une démocratisation efficace pourrait dès lors passer non seulement par des modifications institutionnelles – le tirage au sort ou les votations constituant peut-être des pistes à affiner –, mais aussi par des changements sociaux et socio-économiques, facilitant l’exercice de la démocratie, laissant de côté les « gadgets politiques » n’affectant en rien son fonctionnement.

Livres

Les classes sociales en Belgique. Deux siècles d’histoire

Livre, par Guy Vanthemsche, 461 p., 2016

Après avoir été fort en vogue jusque dans les années 1970, la notion de classes sociales a connu une longue période de désaffection. Depuis lors, les identités nationales, ethniques ou religieuses ont retenu l’attention des chercheurs. Pourtant, les classes sociales restent un élément crucial pour comprendre l’évolution de notre société contemporaine. Ce livre vise à combler une lacune en offrant une synthèse des connaissances actuelles sur l’histoire des différents groupes socio-économiques en Belgique en se focalisant sur les XIXe et XXe siècles : les salariats en général et leurs relations avec les marchés du travail, les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, les agriculteurs, les indépendants, les professions libérales et les élites économiques. Cet ouvrage a été couronné par le Prix Ernest Discailles décerné par l’Académie royale de Belgique.

Les @nalyses en ligne

Démocratie et radicalisme

interview de Jean Faniel par Gaëlle Henrard, parue dans Aide-mémoire, n° 75, janvier-mars 2016, 4 p.

À en croire le discours médiatique ambiant, le mot radicalisme semble définitivement cantonné au contexte religieux islamique. Or, revenir aux définitions du mot et en dégager les usages permet d’opérer un rappel nécessaire sur son champ d’application, bien plus large en réalité, et de ne pas laisser son sens détourné par le discours dominant. L’examen de son utilisation dans d’autres contextes, qu’ils soient politiques, sociaux, militants ou religieux, permet de lui rendre son sens profond, son caractère radical en quelque sorte.

Les @nalyses en ligne

Des pratiques démocratiques de crise

par Vincent de Coorebyter, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 17 septembre 2015

Depuis quelques dizaines d’années, la démocratie est en crise, et en crise profonde. Cette crise n’a jamais été réellement surmontée, et toute l’Europe ou presque en laisse percer les symptômes au plan électoral. Périodiquement, les partis d’extrême droite, nationaux-populistes ou populistes obtiennent, dans différents pays, des scores à deux chiffres qui témoignent d’un malaise, d’une colère ou d’une déception. Tendanciellement, l’instabilité électorale n’a cessé d’augmenter dans la plupart des pays européens, comme si les électeurs, chaque fois insatisfaits, en étaient réduits à essayer les partis politiques les uns après les autres. Plus récemment enfin, depuis l’éclatement de la crise financière et bancaire à l’automne 2008, la quasi-totalité des élections législatives débouche sur un vote-sanction extrêmement sévère pour la majorité en place, et qui ne peut s’expliquer que par le dépit de l’électorat. Les motifs de cette crise sont multiples et difficiles à démêler. Il en est un, cependant, sur lequel nous devons nous arrêter, car il semble pouvoir éclairer les nouvelles pratiques de la démocratie. Il s’agit, de surcroît, d’un motif de malaise à la fois profond et structurel, c’est-à-dire, on peut le craindre, indépassable. Pour le résumer en une phrase, il réside en ceci que les évolutions qui ont rendu la démocratie indispensable, qui en ont fait le seul régime admissible pour la plupart des citoyens, la rendent en même temps insatisfaisante, frustrante, source de dépit et de colère.

Courrier hebdomadaire

Hart boven Hard et Tout autre chose

Courrier hebdomadaire n° 2262, par Serge Govaert, 50 p., 2015

Le mouvement flamand Hart boven Hard et son pendant francophone Tout autre chose sont nés de la volonté de « refuser le discours de nos gouvernants affirmant qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité ». Apparus en réaction aux mesures d’économie envisagées par les gouvernements issus des élections de mai 2014, ils prônent un renouveau du débat démocratique et militent en faveur d’une société plus solidaire, juste, émancipatrice et épanouissante. Les deux mouvements sont portés par des représentants de la vie associative (issus notamment des arts et de la culture, de l’aide aux personnes et de la formation) et des organisations syndicales, ainsi que par de nombreux citoyens anonymes. En revanche, ils tiennent à conserver une stricte indépendance vis-à-vis des partis politiques. Leurs modes d’action sont multiples et marqués du sceau de la créativité  : journées de réflexion et de discussion « hartslag », « Grande Parade » du printemps 2015, etc. Hart boven Hard et Tout autre chose ne sont pas les premiers mouvements de ce genre. Ils ont été précédés par d’autres initiatives de citoyens désireux de faire entendre leur voix en dehors des structures traditionnelles d’expression et de décision ou d’explorer de nouveaux modes d’action et de participation démocratique. La désaffection dont les partis politiques font l’objet favorise l’émergence de ces formes particulières d’activisme, parfois difficiles à cerner. En Belgique, aucun mouvement n’avait cependant pu susciter un tel engouement en si peu de temps, et rallier à ses actions non seulement un grand nombre d’individus, mais aussi des organisations jusque-là plutôt méfiantes envers ce qu’on a coutume d’appeler les « mouvements citoyens ». Ce Courrier hebdomadaire s’attache à décrire la naissance de Hart boven Hard et de Tout autre chose, leurs structures et modes de décision, leurs évolutions et actions. Il les replace tous deux dans le contexte de la mouvance citoyenne belge et examine leurs rapports avec les partis, les syndicats et le secteur associatif, ainsi que leurs relations mutuelles. Il s’interroge enfin sur leur place dans les processus de décision politique.

Les @nalyses en ligne

« Agreekment », TINA et mouvements sociaux

par Jean Faniel et Vaïa Demertzis, paru dans Les @nalyses du CRISP en ligne, 24 juillet 2015

Le 13 juillet 2015, le sommet de la zone euro a adopté une déclaration formulant les obligations que la Grèce devra respecter afin que soit conclu « un éventuel futur accord sur un nouveau programme » du Mécanisme européen de stabilité. Donald Tusk, le président du Conseil européen, a baptisé ce texte « agreekment », mêlant les termes anglais « accord » et « Grèce ». Cet accord a été ressenti par de nombreux Grecs comme un coup de force et comme une véritable humiliation. Les conditions imposées à la Grèce ont également été largement dénoncées comme allant à l’encontre de la souveraineté nationale de ce pays et, plus largement, de la démocratie. Enfin, de nombreux économistes de premier plan ont réfuté catégoriquement la possibilité que ces mesures permettent à ce pays de sortir de la grave récession économique à laquelle il fait face. Pour de nombreux mouvements sociaux à travers l’Europe, le bras de fer dans lequel le gouvernement grec s’est engagé avec ses créanciers relève non seulement du domaine économique, mais peut-être plus encore de la lutte symbolique et idéologique contre le néolibéralisme et l’adage qui l’incarne « There is no alternative » (abrégé en TINA). Or le texte de l’« agreekment » comporte des passages qui paraissent vouloir marteler qu’il n’y a pas d’alternative possible en dehors des principes préconisés par le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne. L’approbation par A. Tsípras puis par le Parlement grec du texte du 13 juillet pourrait par conséquent marquer aux yeux des citoyens qui dénoncent le néolibéralisme l’échec d’une rupture avec celui-ci, entraînant de possibles effets démobilisateurs. Cependant, les conditions dans lesquelles cet accord a été conclu pourraient au contraire attiser la colère d’une partie des citoyens contre les institutions qui l’ont soumis à la Grèce, et plus largement contre l’Union européenne et le projet néolibéral qu’elle incarne à leurs yeux. On peut dès lors se demander quels effets l’« agreekment » va avoir sur les mouvements sociaux qui contestent la validité de « TINA ».

Les @nalyses en ligne

Mouvements sociaux : un modèle belge ?

par David Paternotte et Jean Faniel, paru dans Espace de libertés, n° 440, juin 2015, p. 6-9

En 2014, artistes, agriculteurs, chômeurs, féministes, catholiques, flamingants, gays, lesbiennes, laïques, musulmans, militants de la cause palestinienne, sionistes, sans-papiers, travailleurs syndiqués ou étudiants se sont mobilisés de différentes manières. Comme dans d’autres pays ? Oui… et non. Les Belges ne se mobilisent pas moins que d’autres peuples, mais ils le font différemment. Il existe une manière belge de se faire entendre, dont il faut interroger les spécificités. Lorsqu’on étudie les mobilisations en Belgique, en particulier si on s’inscrit dans une perspective de long terme, on se trouve tout d’abord confronté à une grande variété de mouvements, de causes défendues, d’acteurs impliqués pour les porter, de modes d’expression ou de moyens d’action employés. Certains traits communs semblent toutefois se dégager.

Les @nalyses en ligne

Mouvements sociaux et frontière linguistique

par Serge Govaert, paru dans Agir par la culture, n° 42, été 2015, p. 10-11

L’image d’une Flandre droitière et d’une Wallonie socialisante a la vie dure. Elle répond à une réalité électorale et s’enracine dans des contextes divergents, qu’ont contribué à définir l’histoire et la géographie des deux régions. Cependant, la déchristianisation et la dépilarisation, comme d’ailleurs le processus de fédéralisation du pays, modifient la donne. Les modalités de la lutte sociale et politique ont aussi changé, déplaçant parfois son centre de gravité.

Les @nalyses en ligne

Belgifiés ? Peut⁠-⁠être. Apathiques ? Pas tout à fait…

par David Paternotte et Jean Faniel, paru dans Politique, revue de débats, n° 89, mars-avril 2015, p. 45-49

Dans son numéro de mars-avril 2015, Politique, revue de débats présente un dossier intitulé « Mouvements sociaux : un modèle belge ? Le militantisme en question ». Les articles rassemblés dans ce dossier permettent de cerner les principaux traits caractéristiques des mobilisations sociales telles qu’elles se présentent en Belgique. Ils montrent aussi la grande diversité des mouvements sociaux belges. Quels enseignements peut-on tirer de ce tour d’horizon à propos du militantisme dans notre pays ?

Livres

Les chagrins de la Belgique. Libération et reconstruction politique 1944⁠-⁠1947

Livre, par Martin Conway, 527 p., 2015

La libération de la Belgique par les troupes alliées en septembre 1944 marqua la fin d’une Occupation allemande particulièrement dure. Ce fut aussi le début d’une période turbulente et décisive dans l’histoire du pays. La transition entre guerre et paix n’eut rien de facile, bien au contraire. Les forces politiques concurrentes que représentaient le roi Léopold III et ses partisans, l’ancien gouvernement en exil à Londres et les mouvements de résistance s’affrontèrent en un combat acharné, avec le pouvoir politique pour enjeu. Dans les années qui suivirent, un climat constant de crise politique et sociale régna. Les manifestations qu’organisait la Résistance, les grèves et les mouvements de protestation pour ou contre le roi semblèrent menacer le pays d’une guerre civile et d’une dissolution institutionnelle. Dès 1947, pourtant, la Belgique avait atteint une certaine stabilité : les groupes de résistance avaient été marginalisés et le Parti communiste exclu du gouvernement, le roi languissait dans son exil involontaire en Suisse et ‒ c’était là l’élément le plus manifeste ‒ les partis politiques et le régime parlementaire avaient retrouvé la place qui était la leur avant-guerre. Martin Conway livre ici une contribution substantielle à l’histoire de la Libération en Europe. Grâce à des archives du plus grand intérêt, il dresse le premier récit du processus de normalisation politique qui permit à la Belgique de s’intégrer à l’ordre politique européen d’après-guerre. Mais il montre aussi que ce succès eut un prix. L’absence de toute réforme politique d’envergure après la Seconde Guerre mondiale exacerba les tensions entre les différentes classes sociales, entre les communautés linguistiques et entre les régions du pays. Les fondements du détricotage de l’État-nation belge qui interviendrait dans la seconde moitié du vingtième siècle étaient ainsi jetés. « Cette édition en français constitue un enrichissement essentiel pour le public francophone qui s’interroge sur l’étrange cas de la Belgique contemporaine. » Extrait de la préface de J. Gotovitch

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Une société plus éparpillée

interview de Vincent de Coorebyter par Véronique Lamquin, parue dans Le Soir, 2 janvier 2015, 6 p.

À première vue, 2014 aura été une année de clivages, de contestations, d’émergence de mouvements citoyens. Lames de fond ou phénomènes conjoncturels ?