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Mouvement wallon et identité nationale

Courrier hebdomadaire n° 1392,
par C. Kesteloot, 32 p., 1993

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Référence : CH1392


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Alors qu'il est abondamment question d'éveil des nationalités et du problème des minorités ethniques et que, de manière plus générale, la question nationale est au-devant de la scène internationale depuis bientôt un siècle, il a paru opportun de s'interroger sur l'essence du mouvement wallon non pas tel qu'il se profile aujourd'hui – même si le sujet ne manque pas d'intérêt et il y sera d'ailleurs incidemment fait allusion – mais à une époque importante de son histoire où il sort de la marginalité qu'il a connue avant la guerre 1914-1918 et où il va être amené à opérer des choix stratégiques qui constituent encore à l'heure actuelle la base du militantisme wallon. Une telle recherche ne manque pas d'écueils : comment en effet éviter de tomber dans le piège, à la lumière de la situation actuelle, d'une mise en perspective de la Wallonie en tant que minorité historique ? Comment éviter l'anachronisme dans l'étude du passé d'une entité géographique qui ne se concevait pas sur le plan politique, mais où émergent des hommes et un courant qui font aujourd'hui figures, de précurseurs puisque lhistoire leur a (ou aurait) donné raison' ? Dans le cadre d'une Belgique politiquement unitaire – elle le demeure jusqu'en 1970 – et linguistiquement plurielle – les premières lois linguistiques datent de 1873 -, nous nous interrogerons sur les objectifs défendus par le mouvement wallon tant sur le plan politique, linguistique, qu'institutionnel. Peut-on considérer que le mouvement wallon a sa place parmi les courants minoritaires qui émergent dans de nombreux Etats d'Europe à la charnière des 19ème et 20ème siècles ? Quels termes choisir pour identifier ce mouvement : s'agit-il d'un mouvement national et quelle définition peut-on retenir pour définir une nation ? S'agit-il d'un courant régional, d'un mouvement fédéraliste ou d'un mouvement attaché à un 'unitarisme désuet', symbolisé par l'image de la 'Belgique française' de 1830 ? La réponse est tout en nuances : le mouvement ne se présente pas comme un bloc monolithique ni dans le temps ni dans l'espace. Comme le soulignait Jean Beaufays, 'une véritable méthodologie de la minorité reste à élaborer' (1). Par ailleurs, ces termes sont eux-mêmes utilisés dans des sens extrêmement distincts selon les auteurs. Que dire dès lors de l'usage qu'en font ceux qui sont engagés dans la lutte et qui, selon les circonstances, utilisent un terme pour l'autre ?Pour asseoir l'existence d'un mouvement dit national, la définition d'un cadre géographique précis est un des préalables essentiels. La Wallonie existe-t-elle en tant qu'entité ? Ne s'agit-il pas d'un concept générique qui recouvrirait un 'particularisme de clochers' ? Que l'on prenne en considération des critères économiques, culturels ou politiques, la Wallonie n'apparaît pas comme un ensemble homogène. Au-delà de cette absence d'unité, notre intérêt portera sur des hommes qui agirent au nom de la Wallonie, prise dans sa globalité, les 'Wallingants' (2) comme allaient rapidement les appeler leurs détracteurs par analogie avec les 'Flamingants'. Wallingants et flamingants étaient tout autant haïs par les défenseurs du nationalisme belge, qui popularisèrent ces deux termes. Pour ces militants wallons, la Wallonie existait bel et bien même si elle n'avait pas pour tous le même visage. Il s'agit donc de l'étude d'un groupe très restreint qui n'a, jusqu'à la seconde guerre mondiale au moins, aucune influence sur une large part de la population vivant sur le territoire dont se revendique le mouvement. Si le terme de 'nation wallonne' demeure équivoque, voire suscite des réactions ironiques, il n'en va pas de même avec celui de 'nation flamande', une 'nation en devenir' disait à son propos le journaliste Manu Ruys (3). Mouvement wallon et flamand se profilèrent, dès leurs origines, de manière différente, alors qu'ils seront souvent étudiés de manière parallèle, ou feront l'objet de comparaison. Au fil des ans, le mouvement flamand a acquis une légitimité politique et sur le plan historiographique non seulement en Belgique mais aussi sur le plan international. Les ouvrages scientifiques consacrés à la question nationale contiennent de longs développements sur le mouvement flamand alors que son homologue wallon demeure largement absent. L'intérêt porté au mouvement wallon a souvent été le fait soit de militants, soit de 'chercheurs engagés' (4). Ce n'est que récemment – l'évolution institutionnelle de la Belgique n'y est sans doute pas étrangère – que l'étude du mouvement wallon est sortie des balbutiements hagiographiques. Longtemps marginal, celui-ci a été confondu avec le nationalisme belge dans la mesure où il s'est longtemps investi dans la défense de la Belgique francophone de 1830. Dès lors, la question qui s'impose est de savoir s'il est bien légitime de comparer mouvement wallon et mouvement flamand. Si le concept de 'nation' apparaît dès l'abord comme légitime lorsque l'on parle d'un processus de prise de conscience de la Flandre, en quoi ce concept peut-il être considéré comme opérationnel dans le chef de la Wallonie ? Aujourd'hui, la Wallonie existe sur le plan institutionnel en tant que région. Faut-il y voir les germes d'une nation à l'heure où l'Etat belge se transforme en profondeur ? Sur un plan strictement institutionnel, le concept de nation suppose un stade plus abouti de l'évolution que ne le serait la région. En quoi le pouvoir politique en place à la région wallonne peut-il apparaître comme l'héritier d'un mouvement wallon qui s'est, au fil de ce siècle, cherché un projet politique cohérent pouvant lui offrir une véritable légitimité et surtout sécréter un dynamisme rassembleur ? En d'autres termes, peut-on parler de continuité dans l'évolution du mouvement wallon, continuité dont l'aboutissement ultime se ferait sous la forme de la constitution d'une nation ? (1) J. Beaufays, Théorie du régionalisme, Bruxelles, 1986,XI. (2) Selon Maurice Bologne, le terme daterait de 1892 et aurait été prononcé pour la première fois par le ministre de l'Intérieur de l'époque, le catholique Jules de Burlet qui, recevant une délégation wallonne qui se plaignait des doléances flamingantes, aurait répondu : 'Vous, au moins, vous n'allez pas devenir des wallingants', M. Bologne, Notre passé wallon, Nalinnes, 1972,92. Selon le Grand Larousse de la langue française, le terme daterait de juillet 1912. Voir A. HENRY, Histoire des mots Wallon et Wallonie, Mont-sur-Marchienne, 1990, pp.132-133 (3) M. Ruys, De Vlamingen. Een volk in beweging. Een natie in wording, Tielt-Amsterdam, 1980. (4) Le mouvement flamand a été longtemps victime du même phénomène. Voir à ce propos, E. Witte, 'Renewal in the Historiography of the Flemish Movement', Historical Research in the low countries, La Haye, 1992, pp.69-75.

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