Courrier hebdomadaire n° 2664-2665, par Iannis Gracos, 132 p., 2025
Le Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS) est un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent chaque année civile. Ce Courrier hebdomadaire est consacré aux conflits qui ont marqué l’actualité belge en 2024.
Au niveau interprofessionnel, les syndicats ont poursuivi leur mobilisation contre les perspectives de renforcement des politiques d’austérité. Après les élections du 9 juin, ils se sont opposés aux projets socio-économiques des gouvernements wallon et francophone nouvellement formés et du gouvernement fédéral De Wever en cours de formation.
L’expression de la colère des agriculteurs a principalement ciblé les politiques européennes qu’ils jugent inadaptées aux réalités du terrain ou susceptibles de mettre en péril la viabilité et la rentabilité de leurs exploitations : PAC, Green Deal, produits ukrainiens, traité avec le Mercosur, etc.
L’annonce de la fermeture de l’usine d’Audi Brussels, à Forest, a constitué un véritable séisme social. Elle a signifié une perte d’emploi massive, qui a touché tant les travailleurs de ce site industriel que ceux des entreprises sous-traitantes. La négociation du plan social a duré plusieurs mois, dans un climat de grandes tensions allant jusqu’à un lock-out .
Les coursiers travaillant pour la plateforme Uber Eats ont mené une grève de deux jours. Elle a permis de faire entendre la voix des nombreux travailleurs sans papiers actifs dans le secteur de la livraison de repas à domicile, dont la mobilisation est par nature malaisée.
La grève de quatre semaines intervenue au sein de l’asbl AVJ Liège, service d’aide à domicile pour adultes en situation de handicap, s’est distinguée par son issue relativement favorable pour le personnel, mais aussi par le recours à la justice et aux réquisitions de travailleurs de la part de la direction.
Une annexe statistique fournit un aperçu quantitatif du phénomène des grèves en Belgique en 2024.
Cette étude a été rédigée par B. Conter, A. Dufresne, A. Dupuis, J. Faniel, G. Lambert, E. Martinez, L. Mélon, A. Orban, P. Reman, M. Strale, K. Vandaele et Z. Vitali.
Courrier hebdomadaire
Les COP sur les changements climatiques
Courrier hebdomadaire n° 2486-2487, par Fabienne Collard, 66 p., 2021
En novembre 2020, aurait dû se tenir à Glasgow la 26 e Conférence des Parties (COP) sur les changements climatiques. La crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19 ayant rendu impossible l’organisation d’un tel événement, cette réunion rassemblant les signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été reportée d’une année. Dans un contexte d’urgence climatique clamée par le monde scientifique comme par la société civile, la portée d’une telle décision mérite d’être étudiée. Une COP est loin de n’être qu’une « grand-messe » très médiatisée. Ce rassemblement annuel de responsables politiques et d’observateurs (notamment des experts scientifiques) de tous les coins de la planète est indispensable pour tâcher de mener une politique climatique concertée au niveau mondial. Les COP sont chargées de déterminer, lors de négociations longues et difficiles, la mise en œuvre concrète des engagements pris dans le cadre de la CCNUCC. Ces processus étant par ailleurs caractérisés par des lourdeurs et une diplomatie extrêmes, qui ralentissent considérablement les avancées, chaque COP compte. Reprogrammée en novembre 2021, la COP26 compte plusieurs objectifs majeurs à son agenda, comme la mise en place d’un nouveau mécanisme de marché relatif aux échanges de quotas d’émissions de gaz à effet de serre et la définition de nouveaux engagements en matière de financement envers les pays en développement. Surtout, cette COP doit être la première étape clé permettant de mesurer l’état d’avancement de la mise en œuvre – cruciale – de l’Accord de Paris de 2015.
Courrier hebdomadaire
Grèves et conflictualité sociale en 2019 (II). Luttes sociales : entre salariat et précariat
Courrier hebdomadaire n° 2475-2476, par Iannis Gracos, 103 p., 2020
Le Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS) est un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent l’actualité de chaque année civile. Ce Courrier hebdomadaire est consacré aux conflits qui ont marqué l’actualité belge en 2019. Particulièrement significatifs par rapport à l’histoire sociale et aux enjeux futurs, ceux-ci sont regroupés en deux volumes. Ce second volume traite de trois types de conflits. Tout d’abord, ceux qui sont survenus dans des entreprises spécifiques suite à l’annonce d’importantes restructurations : l’entreprise sidérurgique NLMK située à Clabecq ; les Éditions de l’Avenir, détenues par la structure publique Nethys, filiale de l’intercommunale Enodia (ex-Publifin) ; la compagnie aérienne low cost Ryanair (basée en Irlande et opérant dans l’ensemble de l’Europe). Ensuite, les conflits qui mettent particulièrement en avant la condition précaire des travailleurs de deux secteurs : celui des coursiers et celui des titres-services. Enfin, une action sociale dont la base a été les discriminations liées au genre : la « grève des femmes / grève féministe » du 8 mars 2019. À travers ces différents cas, c’est plus globalement l’évolution des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée. L’étude se clôt par une annexe statistique fournissant un aperçu quantitatif du phénomène des grèves en Belgique en 2019. Le GRACOS se compose actuellement de 19 membres : B. Bauraind, A. Bingen, M. Brodersen, J. Buelens, B. Conter, V. Demertzis, A. Dufresne, J. Faniel, C. Gobin, N. Hirtz, G. Lambert, C. Leterme, E. Martinez, L. Mélon, P. Reman, M.-C. Trionfetti, K. Vandaele, J. Vandewattyne et C. Vanroelen. La présente étude a été rédigée avec la collaboration de C. Casier, E. Demeester, E. Deront, T. Hausmann et M. Retout.
Courrier hebdomadaire
Grèves et conflictualité sociale en 2016
Courrier hebdomadaire n° 2341-2342, par Iannis Gracos, 130 p., 2017
Le Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS) est un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent l’actualité de chaque année civile. Il se compose actuellement de quatorze membres : B. Bauraind, A. Bingen, J. Buelens, B. Conter, V. Demertzis, A. Dufresne, J. Faniel, C. Gobin, C. Leterme, E. Martinez, L. Mélon, K. Vandaele, J. Vandewattyne et C. Vanroelen. La présente étude a été rédigée avec la collaboration de M. Brodersen. Ce Courrier hebdomadaire est consacré aux conflits qui ont marqué l’actualité belge en 2016. Particulièrement significatifs par rapport à l’histoire sociale et aux enjeux futurs, ceux-ci sont regroupés en sept chapitres : la conflictualité sociale interprofessionnelle (à savoir, d’une part, les débats sur le droit de grève et, d’autre part, l’opposition syndicale aux projets du gouvernement fédéral en matière de pensions et de réforme du marché du travail), la grève de cinq semaines dans les prisons wallonnes et bruxelloises, les arrêts de travail dans les chemins de fer et le projet gouvernemental d’instauration d’un « service garanti » dans le secteur du rail, la fermeture du site de production de Caterpillar à Gosselies, les restructurations dans le secteur des banques et assurances (en particulier les réductions d’effectifs annoncées par ING), les mobilisations des transporteurs routiers de marchandises contre l’instauration d’un prélèvement kilométrique, le mouvement d’opposition aux projets de TTIP et de CETA. À travers ces différents cas, c’est plus globalement l’évolution des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée.
Courrier hebdomadaire
L’évaluation des pôles de compétitivité wallons : méthodes, résultats et mise en perspective européenne
Courrier hebdomadaire n° 2339-2340, par Claire Dujardin, Philippe Lefebvre, Martine Lefèvre, Virginie Louis, Frédérique Pallez, Françoise Vanderkelen, 76 p., 2017
Afin de se réaffirmer comme un espace industriel compétitif sur la scène mondiale, la Wallonie mène une politique de grande ampleur, dont l’axe central est constitué par les « pôles de compétitivité ». Créés en 2006, ceux-ci rassemblent des acteurs économiques (grandes entreprises comme PME), des acteurs de la recherche et des acteurs de la formation (universités, hautes écoles, etc.), qui travaillent en collaboration autour d’un secteur économique novateur et porteur. Au nombre de six, ces pôles sont actifs dans les domaines suivants : biotechnologies et santé (Biowin), ingénierie chimique et matériaux durables (Greenwin), transport et logistique (Logistics in Wallonia), ingénierie mécanique (Mecatech), aéronautique et aérospatial (Skywin), agro-industrie (Wagralim). Tous visent à soutenir et à créer de l’activité et de l’emploi en Wallonie par l’innovation et la valorisation, la recherche et le développement, la formation, l’investissement et l’internationalisation. Deux livraisons successives du Courrier hebdomadaire étudient le développement de la politique wallonne des pôles de compétitivité au cours de sa première décennie de mise en œuvre. Le précédent volet a montré en quoi consiste cette politique : quels en sont les fondements, les objectifs, les modalités de mise en œuvre et les particularités. Ce second volet analyse la politique sous l’angle particulier de son évaluation. Pour cela, il dresse un panorama des pratiques d’évaluation de politiques similaires en Europe et éclaire ainsi les spécificités de la méthodologie wallonne. Ensuite, il met en avant les principaux résultats, enseignements et recommandations tirés des travaux évaluatifs déjà réalisés. Enfin, il s’interroge sur le futur de l’évaluation des pôles de compétitivité en Wallonie, en lien avec les travaux en cours au sein de l’IWEPS.
Courrier hebdomadaire
Les pôles de compétitivité wallons : dix ans de politique industrielle
Courrier hebdomadaire n° 2337-2338, par Claire Dujardin, Philippe Lefebvre, Martine Lefèvre, Virginie Louis, Frédérique Pallez, Françoise Vanderkelen, 55 p., 2017
Afin de se réaffirmer comme un espace industriel compétitif sur la scène mondiale, la Wallonie mène une politique de grande ampleur, dont l’axe central est constitué par les « pôles de compétitivité ». Créés en 2006, ceux-ci rassemblent des acteurs économiques (grandes entreprises comme PME), des acteurs de la recherche et des acteurs de la formation (universités, hautes écoles, etc.), qui travaillent en collaboration autour d’un secteur économique novateur et porteur. Au nombre de six, ces pôles sont actifs dans les domaines suivants : biotechnologies et santé (Biowin), ingénierie chimique et matériaux durables (Greenwin), transport et logistique (Logistics in Wallonia), ingénierie mécanique (Mecatech), aéronautique et aérospatial (Skywin), agro-industrie (Wagralim). Tous visent à soutenir et à créer de l’activité et de l’emploi en Wallonie par l’innovation et la valorisation, la recherche et le développement, la formation, l’investissement et l’internationalisation. Deux livraisons successives du Courrier hebdomadaire étudient le développement de la politique wallonne des pôles de compétitivité au cours de sa première décennie de mise en œuvre. Ce premier volet revient sur les objectifs et fondements sur lesquels la politique s’est constituée (notamment dans le contexte de l’avènement du Plan Marshall). Ensuite, il met en lumière les choix particuliers qui ont été opérés sur les diverses dimensions de la politique (sélection des pôles ; combinaison des instruments d’intervention ; acteurs du pilotage, de la mise en œuvre et du suivi) et donne à voir le fonctionnement concret des pôles de compétitivité (dispositifs de gouvernance, de gestion et d’animation ; types et modalités d’élaboration des projets collaboratifs). Enfin, il indique comment la politique s’articule avec les autres grandes orientations économiques de la Région wallonne (dans le cadre de la Stratégie wallonne de spécialisation intelligente). Le volet suivant sera consacré à l’évaluation des effets de la politique et aux méthodes qui y sont associées.
Livres
Les classes sociales en Belgique. Deux siècles d’histoire
Livre, par Guy Vanthemsche, 461 p., 2016
Après avoir été fort en vogue jusque dans les années 1970, la notion de classes sociales a connu une longue période de désaffection. Depuis lors, les identités nationales, ethniques ou religieuses ont retenu l’attention des chercheurs. Pourtant, les classes sociales restent un élément crucial pour comprendre l’évolution de notre société contemporaine. Ce livre vise à combler une lacune en offrant une synthèse des connaissances actuelles sur l’histoire des différents groupes socio-économiques en Belgique en se focalisant sur les XIXe et XXe siècles : les salariats en général et leurs relations avec les marchés du travail, les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, les agriculteurs, les indépendants, les professions libérales et les élites économiques. Cet ouvrage a été couronné par le Prix Ernest Discailles décerné par l’Académie royale de Belgique.
Courrier hebdomadaire
Grèves et conflictualité sociale en 2015
Courrier hebdomadaire n° 2291-2292, par Iannis Gracos, 118 p., 2016
Le Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS) est un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent l’actualité de chaque année civile. Il se compose actuellement de treize membres : B. Bauraind, A. Bingen, J. Buelens, B. Conter, V. Demertzis, A. Dufresne, J. Faniel, C. Gobin, E. Martinez, L. Mélon, K. Vandaele, J. Vandewattyne et C. Vanroelen. La présente étude a été rédigée avec la collaboration de C. Leterme. Ce Courrier hebdomadaire est consacré aux conflits qui ont marqué l’actualité belge en 2015. Particulièrement significatifs par rapport à l’histoire sociale et aux enjeux futurs, ceux-ci sont regroupés en huit chapitres : la conflictualité sociale interprofessionnelle (à savoir, d’une part, le plan d’action syndical mené en front commun contre les projets du gouvernement fédéral et, d’autre part, les tensions liées à la négociation d’accords entre interlocuteurs sociaux), la remise en cause du recours à la grève par une partie de la société (tant au niveau belge qu’au niveau de l’OIT), la manifestation menée en septembre 2015 par plusieurs centaines de travailleurs de l’usine de Caterpillar à Gosselies pour défendre leur « droit au travail », la lutte contre le dumping social (en particulier, dans le domaine de la construction), le conflit opposant les chauffeurs et sociétés de taxis bruxellois à l’entreprise états-unienne Uber, les tensions et mouvements de grève dans les chemins de fer (SNCB et Infrabel), les mobilisations dans le secteur de l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil) et les journées d’action européennes organisées en opposition au projet de TTIP. À travers ces différents cas, c’est plus globalement l’évolution des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée. L’étude se clôt par une annexe statistique relative au nombre de journées de grève enregistrées en 2014 et aux trois premiers trimestres de 2015.
Courrier hebdomadaire
Grèves et conflictualité sociale en 2013
Courrier hebdomadaire n° 2208-2209, par Iannis Gracos, 109 p., 2014
Le Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS) est un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent l’actualité de chaque année civile. Il se compose actuellement de onze membres : B. Bauraind, A. Bingen, J. Buelens, V. Demertzis, F. Dorssemont, A. Dufresne, J. Faniel, C. Gobin, E. Martinez, K. Vandaele et J. Vandewattyne. La présente étude a été rédigée avec la collaboration de B. Conter et Y. Piquet. Ce Courrier hebdomadaire est consacré aux conflits qui ont marqué l’actualité belge en 2013. Particulièrement significatifs par rapport à l’histoire sociale et aux enjeux futurs, ceux-ci sont regroupés en six chapitres : la conflictualité sociale interprofessionnelle (en ce compris celle suscitée par l’épineux dossier de l’harmonisation des statuts d’employé et d’ouvrier), la restructuration de l’entreprise de construction d’engins de génie civil Caterpillar à Gosselies, la fermeture de divers outils de la firme sidérurgique ArcelorMittal en région liégeoise, le secteur aérien (Swissport, Belgocontrol, Brussels Airlines), les transports en commun (à travers les cas de la SNCB et des TEC) et la fonction publique (aux niveaux européen, fédéral, régional, communautaire et local, ainsi que dans les secteurs des services d’incendie, de la police, de la sûreté de l’État et de la justice). À travers ces différents cas, c’est plus globalement l’évolution des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée. L’étude se clôt par une annexe statistique relative au nombre de journées de grève enregistrées en 2012 et au premier semestre 2013.
Courrier hebdomadaire
Grèves et conflictualité sociale en 2012 (I). Grève générale et secteur privé
Courrier hebdomadaire n° 2172-2173, par Iannis Gracos, 91 p., 2013
Le Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS) est un collectif interdisciplinaire ayant pour objectif l’étude des principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui jalonnent l’actualité de chaque année civile. Il se compose actuellement de dix chercheurs : A. Bingen, M. Capron, V. Demertzis, F. Dorssemont, A. Dufresne, J. Faniel, C. Gobin, E. Martinez, K. Vandaele et J. Vandewattyne. Dans le premier de ses deux volumes sur l’année 2012, le GRACOS s’intéresse tout d’abord à la grève générale du 30 janvier 2012. Ensuite, il analyse divers conflits sociaux qui ont marqué le secteur privé : quatre cas emblématiques de faillite (Best Medical Belgium, Durobor, GDB International, Laboratoires Thissen), une illustration des problèmes posés par la sous-traitance (Stefanini-Techteam Global), les restructurations majeures survenues dans la sidérurgie wallonne (ArcelorMittal, Carsid, Duferco, NLMK) et dans l’industrie automobile flamande (Ford Genk), le recours de la direction de Meister Benelux à un commando d’agents de sécurité, et les effets du dumping social dans le secteur aérien (à travers les exemples de Ryanair et de Brussels Airlines) et dans celui du transport routier de marchandises. À travers ces différents cas, c’est l’évolution globale des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée. Ce premier volume est rédigé par les dix membres du GRACOS et par cinq collaborateurs extérieurs : B. Bauraind, R. Bierlaire, M. Brodersen, J. Buelens, H. Houben.
Les @nalyses en ligne
Mittal, patron voyou ?
par Vincent de Coorebyter, paru dans Le Soir, 30 janvier 2013, p. 13
La décision d’ArcelorMittal de fermer sept outils de la phase à froid dans le bassin sidérurgique liégeois a suscité une levée de boucliers. Elle a été interprétée comme le point d’orgue d’une stratégie cynique, de la part de Mittal, consistant à multiplier les demandes d’aide publique lors de ses décisions d’investissement et à ne pas tenir ses promesses lorsque son intérêt lui suggère de désinvestir. Lakshmi Mittal est ainsi devenu le symbole du patron voyou. La condamnation morale dont il fait l’objet, notamment de la part du monde politique, a pour conséquence de rejeter toute la responsabilité sur sa recherche effrénée de profit. Mais raisonner de la sorte revient à occulter le fait que le système d’aides aux entreprises organise et avalise cette recherche de profit, les aides étant précisément conçues pour que les patrons y voient un motif d’investir ici plutôt que là. Loin que les patrons soient des hors-la-loi qui bafouent les règles, ce sont des procéduriers qui s’engouffrent dans le système pour en exploiter toutes les ressources. Il faudrait donc réfléchir aux effets pervers du système plutôt que de dénoncer des comportements individuels.
Les @nalyses en ligne
Seraing : entre enthousiasme et scepticisme
par Jean Faniel, paru dans Politique, revue de débats, n° 76, septembre-octobre 2012, p. 14-16
Deuxième commune de la province de Liège en nombre d’habitants (environ 63.000 en 2012), Seraing conserve les marques de son passé industriel et ouvrier (1). Le tissu industriel et le logement s’imbriquent étroitement. L’évolution de la commune dépend en partie de celle de la sidérurgie qui en a fait la grandeur et le déclin. Les socialistes y détiennent la majorité absolue depuis 1899 quasiment sans interruption et, contrairement à ce qui s’est fait ailleurs en 2006, ne l’ont pas ouverte à d’autres partis.
Courrier hebdomadaire
Grèves et conflictualité sociale en 2011
Courrier hebdomadaire n° 2135-2136, par Iannis Gracos, 121 p., 2012
Réalisé par huit chercheurs du Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS), le présent Courrier hebdomadaire étudie les principaux mouvements de grève et autres éléments de la conflictualité sociale qui ont jalonné l’année 2011. Particulièrement significatifs par rapport à l’histoire sociale et aux enjeux futurs, ces conflits sont regroupés en six chapitres : le rejet du projet d’accord interprofessionnel et l’opposition syndicale aux mesures d’austérité du gouvernement Di Rupo, les sociétés de transport en commun (SNCB, TEC et STIB), les restructurations et fermetures d’entreprise (dont SAPA et AB InBev), la sidérurgie wallonne (en particulier ArcelorMittal-Liège), l’enseignement fondamental et secondaire en Communauté française et, cas atypique, le personnel naviguant de la société Ryanair. L’analyse est complétée par une annexe statistique fournissant un aperçu chiffré du phénomène des grèves en Belgique entre 1991 et 2011. Dans un contexte marqué par les répercussions de la crise financière et bancaire mondiale, l’année 2011 s’est caractérisée par une recrudescence certaine des conflits sociaux aux niveaux interprofessionnel, sectoriel et de l’entreprise, tant dans le secteur public que privé. L’analyse du GRACOS met en évidence les éléments saillants de cette conflictualité accrue, dont la remise en cause du droit de grève, les réactions patronales visant à l’intervention de la justice, la question du service minimum et de la réquisition de grévistes, et le rôle des médias. Plus largement, c’est l’évolution globale des relations collectives de travail et de la concertation sociale qui est questionnée.
Courrier hebdomadaire
Les statistiques de grèves et leur exploitation
Courrier hebdomadaire n° 2079, par Kurt Vandaele, 41 p., 2010
La grève est une forme légitime de protestation sociale. Elle a contribué au cours de l’histoire à la transformation institutionnelle du marché du travail. Ce passé reste toujours vivace dans le mouvement syndical. Mais le récit quantitatif et qualitatif des grèves des 19e et 20e siècles n’est pas encore écrit. Les études sur le sujet sont fragmentaires. Aujourd’hui, les historiens et les chercheurs en sciences sociales marquent peu d’intérêt pour le phénomène de la grève. En outre, la disponibilité et la fiabilité des données posent problème. Pourtant, ces données sont indispensables, même si elles doivent être complétées par une approche qualitative. Kurt Vandaele retrace sur le long terme la manière dont les pouvoirs publics ont voulu connaître le phénomène de la grève et dans quel but. Il se penche aussi sur d’autres sources de données, comme les sources syndicales et sur l’approche de l’Organisation internationale du travail. Pour chaque source disponible, il indique ses potentialités et ses limites pour la recherche.
Courrier hebdomadaire
Les pôles de compétitivité wallons
Courrier hebdomadaire n° 2030, par Benoît Bayenet, Marcus Wunderle, 41 p., 2009
Les pôles de compétitivité mis en place en Wallonie dans le cadre du plan Marshall s’inscrivent dans une tendance économique présente à l’échelle mondiale, celle des réseaux d’excellence et d’innovation, des partenariats et des clusters. Cinq pôles de compétitivité ont été labellisés à ce jour par la Région wallonne. Le montant prévu au budget wallon est de 280 millions d’euros sur quatre ans. En septembre 2007, le gouvernement wallon a en outre annoncé un budget supplémentaire de 42 millions d’euros pour le développement de projets liés à l’efficience énergétique et au développement durable dans le cadre des pôles de compétitivité et des clusters. Benoît Bayenet et Marcus Wunderle présentent cette nouvelle politique wallonne sous deux angles : la mise en place et le fonctionnement de la politique des pôles de compétitivité d’une part, l’évaluation des cinq pôles retenus à ce jour d’autre part.
Courrier hebdomadaire
Aides fiscales ou aides directes : le cas du Pôle européen de développement
Courrier hebdomadaire n° 1995, par Nathalie Arnould, 52 p., 2008
Suite à la crise sidérurgique, la région située à l’intersection de la Belgique, de la France et du Grand-Duché de Luxembourg a connu un retard de développement. Les pouvoirs publics des trois pays ont stimulé la reconversion économique et sociale de cette zone en difficulté avec le soutien de la Communauté européenne. Ils ont mis en place en 1985 une initiative transfrontalière connue sous le nom de Pôle européen de développement. Des aides financières ont été mises à disposition afin d’offrir un environnement attractif aux investisseurs, et particulièrement aux activités industrielles internationales. Quelles leçons peut-on tirer de cette expérience ? Nathalie Arnould expose d’abord les caractéristiques et les enjeux du Pôle européen de développement. Elle dresse le bilan des dix années de coopération à l’échéance du projet en 1995, mais aussi jusqu’aujourd’hui. Ce bilan ne s’est avéré que partiellement concluant, surtout du côté français. L’objectif de création de 8 000 emplois n’a jamais été atteint et plusieurs entreprises (essentiellement celles d’origine asiatique) ont fini par délocaliser ou fermer. Dans la deuxième partie de son étude, Nathalie Arnould analyse l’impact de la fiscalité des trois pays sur la décision stratégique d’investissement des entreprises. Des raisons juridiques et fiscales expliquent-elles les différences dans les investissements internationaux de part et d’autre des frontières ? L’octroi d’aides directes à l’investissement était-il opportun, alors qu’il existait des alternatives comme la création d’une zone franche ?
Courrier hebdomadaire
La sidérurgie en Wallonie entre Usinor, Duferco et Arcelor
Courrier hebdomadaire n° 1786-1787, par Michel Capron, 83 p., 2003
Michel Capron retrace l’évolution des politiques industrielles privées et publiques mises en œuvre dans l’industrie sidérurgique en Wallonie depuis la constitution de Cockerill Sambre en 1981 jusqu’à l’intégration du groupe au sein du groupe français Usinor et sa subordination aux stratégies industrielles de ce dernier (1998-2000). Parallèlement, le groupe Duferco entre progressivement en scène. Depuis la reprise des Forges de Clabecq en novembre 1997, Duferco a endossé le costume de « chevalier blanc » de la sidérurgie en Brabant wallon (Clabecq) et en Hainaut (La Louvière et Carsid). Il s’est ancré pas à pas en Wallonie, en partenariat avec la Région wallonne, pour finir par y occuper une place significative. Début 2001, la fusion entre Usinor, Arbed et Aceralia donne naissance à Newco. Cockerill Sambre est alors soumis aux objectifs que s’est fixés le nouveau groupe qui prend, fin 2001, la dénomination d’Arcelor et accède au premier rang mondial dans le secteur de l’acier. Michel Capron analyse l’« effet Arcelor » sur la sidérurgie en Wallonie, non seulement par rapport à Cockerill Sambre mais aussi, par ricochet, par rapport à Duferco-Clabecq, Duferco-La Louvière et Carsid. Au début 2003, il apparaît clairement qu’Arcelor, dans une logique essentiellement financière, est décidé à mettre progressivement fin aux activités des phases à chaud de ses sites continentaux et, en premier lieu, de Cockerill Sambre-Liège. Cette décision est vivement contestée, aussi bien par les organisations syndicales que par la Région wallonne. L’épreuve de force entamée avec les dirigeants d’Arcelor, à la fois sur le terrain social et sur le terrain juridique, reste indécise. Tout en luttant pour le maintien d’une sidérurgie intégrée à Liège, les pouvoirs publics wallons et les acteurs économiques et sociaux du bassin liégeois envisagent tous les moyens susceptibles de contribuer à une reconversion en profondeur du tissu économique liégeois. Mais l’enjeu inclut aussi la sidérurgie à froid à Liège, Carlam à Charleroi et les filiales du groupe Duferco en Hainaut et dans le Brabant Wallon. Dans sa conclusion, Michel Capron formule des questions sur la stratégie actuelle et future d’Arcelor quant à l’avenir prévisible de la sidérurgie intégrée à Liège, de Carlam, de Fafer Industeel et des filiales de Duferco en Wallonie. En sachant que le prochain rendez-vous, pour les sidérurgistes wallons et européens du groupe Arcelor, sera, le 25 avril prochain, l’assemblée générale d’Arcelor à Luxembourg.
Courrier hebdomadaire
Cockerill Sambre (1989-1997)
Courrier hebdomadaire n° 1719-1720, par Michel Capron, 59 p., 2001
En 1989, soit quelque six ans après la publication du plan Gandois, le groupe Cockerill Sambre a incontestablement acquis le profil d’un groupe sidérurgique intégré. Il se définit comme un producteur de produits plats minces d’acier, spécialisé dans une pluralité de domaines : les tôles minces, laminées à chaud et à froid, le revêtement métallique et organique de la tôle, la transformation de la tôle en produits pour le bâtiment, la distribution de produits métallurgiques et plastiques, la construction de biens d’équipement, les services aux entreprises et aux collectivités. Quelque huit ans plus tard, en 1997, le groupe s’est manifestement recentré sur ses métiers de base. Non seulement ses contours se sont modifiés, mais la question de son avenir se pose en des termes sensiblement différents : fin 1989 des rumeurs faisaient état d’une éventuelle privatisation de Cockerill Sambre ; fin 1997, la recherche d’une large alliance internationale est publiquement évoquée par ses dirigeants comme condition sine qua non pour assurer l’avenir du groupe. Michel Capron continue ainsi la série des Courrier hebdomadaire consacrés à l’histoire de la sidérurgie wallonne. La période de huit ans qu’il étudie aide à mieux comprendre les raisons qui ont poussé les dirigeants de Cockerill Sambre à rechercher une alliance avec un groupe international plus puissant. Le recentrage sur les métiers de base a fait suite à la décision d’adopter prioritairement une stratégie de diversification qui ne sera abandonnée que progressivement, notamment par la réorientation des investissements et la cession progressive d’entreprises ou de divisions se trouvant au cœur du processus de diversification. Ainsi, si dès 1992, la direction de Cockerill Sambre commence à se rendre compte que l’opération Ymos résulte d’une erreur d’appréciation, la cession de la plupart des divisions d’Ymos ne sera terminée qu’en 1998, à un moment où, au-delà du recentrage, il est surtout question d’une alliance internationale.
Livres
La Société générale de Belgique 1822-1997. Le pouvoir d’un groupe à travers l’histoire
Livre, par Xavier Mabille, Charles-Xavier Tulkens, Anne Vincent, 336 p., 1997
Ce livre, d’un volume maniable et d’un style accessible à tous, est d’abord un livre sur le pouvoir. Comme les autres travaux du CRISP sur les groupes d’entreprises, il fournit les éléments nécessaires pour une réflexion sur les rapports entre pouvoir économique privé et pouvoir politique. Le cas de la Société générale est d’autant plus intéressant qu’il y a eu parallélisme au milieu du XIXe siècle entre la croissance du groupe et la formation de l’État, comme à la fin du XXe siècle entre la recomposition du groupe et celle de l’État. Ce livre complète la série d’ouvrages sur les groupes d’entreprises publiée sous la direction d’Anne Vincent, dans laquelle ont déjà paru quatre titres et qui fournit, en recourant à la méthode des morphologies de groupes, une vue significative des structures fondamentales du capitalisme en Belgique et de ses liaisons internationales.
Courrier hebdomadaire
Les invests wallons
Courrier hebdomadaire n° 1540-1541, par Benoît Bayenet, 54 p., 1996
Les invests sont des sociétés d’investissement créées à l’initiative du gouvernement national ou des exécutifs régionaux et dont l’objet consiste, à travers une structure financière associant le plus souvent capitaux publics et privés, à mettre en oeuvre des politiques de reconversion et/ou de développement régional’. Ces politiques se concrétisent par des apports financiers réalisés sous la forme de prises de participations et d’octrois de crédits dans et à l’égard d’entreprises se situant dans le domaine d’intervention particulier de chaque invest tel qu’il est défini par ses statuts. Initialement, le financement de ces apports financiers provenait principalement de l’utilisation par les invests de droits de tirage sur des enveloppes budgétaires fixées par l’autorité politique et localisées selon le cas auprès de la Société nationale des secteurs nationaux-SNSN, de la Société régionale d’investissement de Wallonie-SRIW, de la Société wallonne de la sidérurgie-SWS ou de la Société pour la gestion des participations de la Région wallonne-Sowagep. La création, l’actionnariat, l’objet social et l’enveloppe de financement dont bénéficient ces sociétés sont le résultat de considérations historiques particulières qui permettent d’en expliquer les différences. Quatre générations d’invests sont généralement distinguées en référence au contexte particulier de leur création. Les premiers invests furent constitués pour faire bénéficier certaines entreprises sidérurgiques d’avantages équivalents à la couverture des cash-drains de Cockerill-Sambre ; le montant de leurs droits de tirage a été déterminé au prorata de la capacité de production mai 1981) laissaient apparaître un traitement inégal entre les entreprises des bassins sidérurgiques situées au nord et au sud du pays. Soumis à de multiples tensions régionales, le Conseil des ministres du gouvernement Eyskens décida le 15 mai 1981 du traitement équivalent des entreprises sidérurgiques dans lesquelles l’Etat était actionnaire. Autrement dit, l’Etat garantissait un traitement financier équivalent à celui accordé à l’entité fusionnée Cockerill-Sambre, soit 22 milliards de francs. Les Conseils des ministres des 15 et 19 juin 1981 décidèrent l’octroi de droits de tirage destinés aux investissements des sociétés sidérurgiques Sidmar et ALZ en fonction des cash-flows générés et parallèlement à la compensation des cash-flows négatifs de Cockerill-Sambre. Pour réaliser cette opération et afin de respecter la réglementation européenne, l’Etat créa les sociétés Sidinvest et Alinvest. Leur enveloppe financière respective était de 8,3 milliards et 1 milliard de francs. Le Comité ministériel de coordination économique et social-CMCES du 21 juillet 1983 étendit le champ d’application de ces décisions aux sociétés Boël et Fabrique de fer de Charleroi dans le cadre de la société holding Boëlinvest. Son enveloppe fut fixée à 7 milliards de francs. La ’deuxième génération’ des invests découle de la volonté politique de créer des instruments en vue de répondre aux nécessités de reconversion industrielle et de promotion régionale. Le CMCES du 28 juillet 1983 étendit le principe du ’traitement équivalent’ au bénéfice de la société de diversification Investsud, créée dans la province de Luxembourg. Les droits de tirage furent calculés sur base de la capacité de production de la défunte entreprise sidérurgique Athus-Rodange et fixés à 1,68 milliard. En contrepartie, le gouvernement décida la création, le 5 juillet 1984, d’une nouvelle société de reconversion dans la province de Limbourg. Les droits de tirage d’Alinvest II furent fixés à 680 millions de francs provenant du réajustement de l’enveloppe d’Alinvest 1 (1 milliard de droits de tirage). Ces sociétés mixtes d’investissement ont été créées conformément à l’article 2 §2, 4 de la loi du 2 avril 1962 instaurant la Société nationale d’investissement-SNI qui définit sa mission de promouvoir l’initiative économique publique’. La SNI participa à 50% du capital de ces nouvelles sociétés, le reste provenant d’investisseurs privés. La ’troisième génération’ des invests résulte de l’application du volet social de la restructuration de Cockerill-Sambre accompagnant la mise en oeuvre du plan Gandois (1983). Fin novembre 1984, le gouvernement décida la création de deux nouveaux holdings : Meusinvest pour le bassin liégeois et Sambrinvest pour le bassin de Charleroi. Ces sociétés d’économie mixtes furent chargées de la promotion d’activités nouvelles et disposèrent d’un droit de tirage d’un milliard de francs.
Courrier hebdomadaire
Fabrimétal. Organisation et action collective du patronat des fabrications métalliques
Courrier hebdomadaire n° 1531-1532, par Philippe Barré, 63 p., 1996
Les organisations patronales font l’objet d’études du CRISP depuis sa création. En 1959, un premier Courrier hebdomadaire consacré à ce sujet a pour thème l’organisation du patronat charbonnier belge. Un nombre important de publications se sont depuis succédé, dans le cadre du Courrier hebdomadaire ou des Dossiers, analysant les associations patronales à plusieurs niveaux : national, sectoriel, régional, européen ou, plus globalement, au niveau de leur participation à la concertation sociale. Nous voudrions réexaminer ici le cas de la Fédération des entreprises des fabrications métalliques, mécaniques, électriques, électroniques et de la transformation des matières plastiques-Fabrimétal, qui fête cette année le 50ème anniversaire de sa création. Dans la première partie, nous chercherons d’abord à rendre compte, à partir de quelques indicateurs, des principales caractéristiques et des évolutions économiques structurelles qui se sont produites au niveau du secteur de l’industrie des fabrications métalliques, mécaniques, électriques, électroniques et de la transformation des matières plastiques. Dans une deuxième partie, nous étudierons la manière dont le patronat des fabrications métalliques s’est organisé collectivement. Dans la continuation des travaux entrepris jusqu’ici par le CRISP, notre démarche consistera à analyser non pas le comportement individuel des patrons mais celui du patronat et des acteurs regroupés dans une organisation structurée, représentative de leurs intérêts propres. Cela signifie concrètement que nous centrerons notre attention sur l’organisation formelle que constitue Fabrimétal, définie par un statut, un personnel stable, une autorité, des ressources, un budget propre, ainsi qu’un ensemble d’entreprises membres. Dans une troisième partie, nous présenterons les principales prises de position de la fédération à partir d’un passage en revue des articles parus dans la revue Fabrimétal et de ses rapports d’activités. Nous nous interrogerons enfin, dans une quatrième partie, sur la nature et les champs de l’action collective du patronat des fabrications métalliques. Nous montrerons qu’il s’agit d’une organisation d’intérêts autant politiques qu’économiques. Par exemple, dans le cadre des négociations menées entre les interlocuteurs sociaux lors des conventions collectives, l’action du patronat vise certes à mener des transactions relatives aux coûts du facteur de production travail mais aussi à mener une lutte de pouvoir de manière à influencer les ’règles du jeu’ qui organisent les relations de travail. Nous considérerons ainsi Fabrimétal comme un acteur politique suivant une logique d’action collective et non une pure logique économique. Cette action collective exige, contrairement au comportement de marché, notamment une cohésion et une solidarité dépassant les intérêts antagonistes des membres […]
Courrier hebdomadaire
Les Forges de Clabecq. Chronique d’une survie fragile (1992-1996)
Courrier hebdomadaire n° 1529-1530, par Michel Capron, 73 p., 1996
L’origine des Forges de Clabecq remonte à la construction, le 8 novembre 1781, par un entrepreneur bruxellois, Marc-Pierre Van Esschen, d’un moulin à battre le fer sur la Sennette. En 1819, la Fonderie et Platinerie en fer de Clabbeck comprend un haut-fourneau, des cylindres à laminer et quatre makas, lourds marteaux destinés à battre le fer. Le 11 octobre 1888, l’usine, dotée d’un laminoir et d’un train à tôles, adopte le statut de société anonyme : la SA des Forges de Clabecq, dirigée par la famille Goffin. Début 1911, la société passe, sous l’impulsion d’un ingénieur liégeois, Eugène Germeau – dont la descendance constituera une des deux familles propriétaires des Forges de Clabecq – du statut de transformatrice à celui de productrice d’acier. En effet, une nouvelle usine est inaugurée qui comprend des hauts-fourneaux, une aciérie, des laminoirs et une centrale électrique. En 1945, Emile Dessy – figure de proue de l’autre famille propriétaire des Forges – relance l’entreprise à l’issue de la guerre. A partir de 1964, celle-ci s’agrandit : à l’usine de Clabecq vient s’ajouter une nouvelle usine, sur le site proche d’Ittre, comprenant une aciérie LD (à oxygène), complétée en 1971 par un train à tôles fortes et moyennes, un nouveau haut fourneau (1972) et la première coulée continue à brames de Belgique, qui deviendra opérationnelle en 1974. En outre, les Forges de Clabecq disposent également de leur propre tréfilerie. C’est ainsi que, vers la fin des années 1960, l’entreprise produit, à partir de quelque 780.000 tonnes d’acier brut en 1966-1967, des produits plats (tôles moyennes et fortes) et des produits longs (ronds à béton, fil machine et treillis). A l’époque, les investissements concernaient essentiellement le nouveau haut fourneau (1972), le laminoir en continu et un projet d’une deuxième coulée continue devenue opérationnelle en 1977. Ce survol du développement des Forges de Clabecq situe l’entreprise comme un petit producteur au niveau européen, jouant sur un double créneau : les tôles moyennes et fortes et certains produits longs et disposant d’un outil technologiquement performant. Lorsqu’éclate la crise de la sidérurgie européenne et mondiale, fin 1974, ces atouts ne suffiront pourtant pas à mettre les Forges de Clabecq à l’abri de la tourmente. Comme il ressort de la première partie de ce Courrier hebdomadaire , l’ampleur de la crise qui frappe l’entreprise brabançonne n’est guère comparable à celle qui affecte les sidérurgies liégeoise et carolorégienne, puis le groupe Cockerill Sambre. C’est que si, entre 1975 et 1988, il y a eu des restructurations et des rationalisations aux Forges, elles se sont effectuées sans conflits sociaux majeurs, même si l’emploi y a été fortement atteint. Toutefois, après une embellie (1988-1990), la situation des Forges va se dégrader très rapidement. Une première alerte sérieuse secoue l’entreprise dans le dernier trimestre de 1992, où elle ne doit son salut qu’à une intervention de la Région wallonne. Après deux années (1993-1994) où les Forges réussissent plus ou moins à limiter les dégâts, la situation se détériore à nouveau, très gravement, au cours du deuxième semestre de 1995. Au point qu’en décembre, le président-administrateur délégué, Pierre Dessy, avoue ne plus contrôler la situation et que, à la demande de la Société wallonne pour la sidérurgie-SWS, le conseil d’administration commande à Laplace Conseil un audit des Forges. Le 24 janvier, les conclusions de l’audit sont soumises au conseil d’administration dont démissionnent les principaux représentants des actionnaires privés. Il faut intervenir : via la SWS, la Région wallonne obtient la nomination de Libert Froidmont, vice-président de la SWS, filiale de la Société régionale d’investissements de Wallonie-SRIW, à la tête des Forges. Parant au plus pressé, celui-ci parvient, après communication des conclusions de l’audit Laplace, à maintenir péniblement les Forges à flot, avec des fonds propres réduits à leur plus simple expression (BEF 50 millions) en recentrant la production sur le laminoir (550.500 tonnes de tôles) et en recherchant des synergies pour commercialiser durablement le surplus de demi-produits (quelque 200.000 tonnes). Une première table ronde avec les sidérurgistes concernés par l’éventuel sauvetage de Clabecq, à savoir les Usines Gustave Boël-UGB, la Fabrique de fer de Charleroi-Fafer et Cockerill Sambre, ne dégage aucune solution. C’est pourquoi le ministre-président du gouvernement wallon, Robert Collignon, demande un rapport sur l’avenir de la sidérurgie wallonne à Jean Gandois, président de Cockerill Sambre. Le ’rapport Gandois’ est connu début juin et ne laisse guère de marges de manoeuvre au gouvernement wallon. Celui-ci, voulant assurer la continuation d’une activité industrielle sur le site de Clabecq, tranche le 14 juin. Le sort des Forges est très provisoirement réglé, puisqu’une activité de sidérurgie intégrée (hauts fourneaux, aciérie, coulée continue, laminoir) y est maintenue sous réserve de l’approbation par la Commission européenne de la recapitalisation envisagée par le gouvernement wallon via la Société wallonne pour la sidérurgie. Après une brève rétrospective présentant les principaux événements qui ont jalonné l’évolution des Forges de Clabecq durant la période 1973-1991, le présent Courrier hebdomadaire s’attache à suivre la chronologie des faits principaux qui ont constitué le destin des Forges de Clabecq depuis 1992. Nous nous sommes efforcé d’analyser durant ces cinq années (1992-1996), les prises de position et les stratégies des différents acteurs : la direction de l’entreprise, les actionnaires privés et les délégations syndicales des Forges de Clabecq, tout comme les interventions des pouvoirs publics wallons et le contrôle exercé, à des moments cruciaux, par la Commission européenne.
Courrier hebdomadaire
Des ACEC à l’Union minière. L’éclatement d’une grande entreprise (1983-1992)
Courrier hebdomadaire n° 1447-1448, par Michel Capron, 84 p., 1994
Créé en 1881 par l’ingénieur Julien Dulait, l’ensemble industriel constitué autour de la Compagnie générale d’électricité, qui prit en juillet 1904 le nom d’Ateliers de constructions électriques de Charleroi-ACEC, a disparu comme tel de la carte industrielle fin juin 1989 à l’occasion de la filialisation de la dernière de ses entités. Un des fleurons industriels du bassin de Charleroi sombrait ainsi sans gloire ; en mai 1992 le nom ACEC a été symboliquement abandonné par la nouvelle Union minière issue de la fusion ACEC-Union minière réalisée à la fois pour des raisons fiscales et pour regrouper le reliquat des participations d’ACEC. Le présent Courrier hebdomadaire s’attache essentiellement à retracer l’évolution des ACEC durant les dix dernières années de son existence (1983-1992). L’analyse s’articule à un double niveau : celui des stratégies industrielles et financières déployées par et autour des ACEC et celui des stratégies mises en oeuvre par les délégations syndicales des ACEC au plan des relations collectives de travail. Dans une première partie, nous examinons la situation des ACEC à la fin de l’ère Westinghouse (1983-1984), et notamment le contentieux des relations sociales dont cette situation est porteuse. La deuxième partie est consacrée au retour de la Société générale de Belgique-SGB, en association avec le groupe français Compagnie générale d’électricité-CGE, aux commandes des ACEC (1985-1988). Ce retour va de pair avec les premières restructurations industrielles, financières et sociales auxquelles se sont opposées, sur un mode essentiellement défensif, les organisations syndicales. L’année 1987 est marquée à la fois par de nouvelles rationalisations, par des problèmes liés aux commandes publiques et par le pari de la Société générale de Belgique d’entrer, notamment via ACEC, dans le secteur des télécommunications. La stratégie syndicale se centre principalement sur la négociation du volet social du plan de restructuration de septembre 1986 et sur la problématique de l’avenir d’ACEC : comment en éviter le démembrement en de multiples PME ? La filialisation d’ACEC est mise en oeuvre dès l’année 1988 : des activités relativement semblables sont regroupées dans des entreprises distinctes pour lesquelles le holding ACEC, qui y garde une participation, cherche des repreneurs industriels. Ces entreprises ont connu au préalable la rationalisation du personnel excédentaire et des activités jugées ni prioritaires ni rentables. Le principal repreneur s’avère être, indirectement ou directement, le groupe français CGE. Ce démantèlement d’ACEC, les organisations syndicales essaient en vain de l’empêcher : la force syndicale s’est effritée, les décisions ne sont plus aux mains de la direction d’ACEC, mais du groupe SGB et, dès juin 1988, du groupe Suez. La stratégie syndicale d’action directe, si souvent efficace au niveau des ACEC, n’est plus opérante face à des groupes qui mènent leurs transactions relatives à la filialisation d’ACEC à un niveau supérieur. La troisième partie (1989-1992) traite de l’évolution d’ACEC après la filialisation. L’année 1989 connaît l’achèvement de la filialisation d’ACEC, le contentieux lié au passif social et la création d’ACEC-Union minière. Durant les années 1990-1992, ACEC-UM, devenu le pôle des non-ferreux de la SGB après absorption de Métallurgie Hoboken Overpelt, de Vieille-Montagne, de Mechim et de Sogem, incorpore les participations encore détenues par le holding ACEC. ACEC-UM connaît à la fois une réorganisation structurelle et une restructuration industrielle destinées à conforter ses positions de leader mondial et à lutter plus efficacement contre les variations cycliques affectant les métaux non ferreux. Tout au long de cette période, la place des participations d’ACEC devient de plus en plus marginale dans ACEC-UM, tandis que les ex-filiales, intégrées dans Alcatel Alsthom (ex-CGE), peuvent y déployer leurs compétences, sous une contrainte stricte de rentabilité. Finalement ACEC-UM devient l’Union minière-UM en mai 1992, une manière de signifier que la page ACEC est définitivement tournée et qu’Union minière, dont la SGB se dégagera en partie tout en y demeurant majoritaire, se recentre essentiellement autour de ses activités ’cuivre et zinc’. Au cours de cette dernière période, l’on constate que l’activité syndicale s’est faite fort discrète après le démantèlement d’ACEC. Hormis quelques arrêts de travail, les organisations syndicales ne disposent plus, dans les ex-filiales d’ACEC, d’un réel rapport de forces. Comme par ailleurs la fusion ACEC-UM n’a pas provoqué de synergies entre les syndicalistes d’ACEC et ceux du secteur non ferreux, l’action syndicale au sein d’ACEC-UM surgit par à-coups, localement, sans aucune stratégie à opposer aux dirigeants d’ACEC-UM, puis d’UM. Cette impuissance syndicale illustre bien, au travers de l’exemple d’ACEC, la difficulté d’organiser une activité, de penser et d’appliquer une stratégie syndicale, dès lors que le champ d’affrontement se déplace d’une entreprise vers le groupe qui la contrôle, soit d’ACEC vers la Société générale de Belgique, soit auparavant déjà mais dans une mesure moindre, d’ACEC vers Westinghouse. En dix années, le démantèlement d’ACEC a non seulement désintégré l’entreprise en plusieurs PME sur les sites de Marcinelle et Mont-sur-Marchienne, mais engendré un coût social extrêmement lourd pour le bassin de Charleroi (sans même prendre en compte l’abandon des sites de Gand, Drogenbos et Herstal). En 1983, le groupe ACEC occupait 14.454 personnes. Dix ans plus tard, il ne reste plus guère, dans les différentes entités issues de la filialisation, que quelque 2.000 travailleurs.
Courrier hebdomadaire
Syndicalisme et management participatif
Courrier hebdomadaire n° 1342-1343, par Denis Horman, 47 p., 1991
Dans les années 1970, un mode d’organisation de la production, mis au point dans des entreprises japonaises et américaines, a fait son apparition en Belgique. La crise économique et l’incertitude des marchés qui en a découlé ont poussé les entreprises à mettre l’accent sur la qualité des produits et sur une plus grande mobilité opérationnelle. Les capacités d’organisation des salariés et leur degré d’identification aux ’valeurs’ de l’entreprise allaient devenir des éléments centraux d’une stratégie patronale basée sur le management participatif. Le management participatif, comme mode de gestion sociale, ne peut être appréhendé comme une simple technique de gestion patronale, valorisant la créativité des salariés, stimulant la mobilisation volontaire de groupes de base en rapport avec la qualité du produit et le service à la clientèle. Il doit être approché, en même temps, comme une stratégie de gestion, visant à dépasser les conflits d’intérêts pour susciter l’identification et l’attachement du personnel à l’entreprise et obtenir un large consensus sur des objectifs prioritaires. Les cercles de progrès et de qualité en sont une illustration. Cette ’nouvelle culture’, qui tend à modifier les rapports sociaux dans l’entreprise et à considérer les organisations syndicales comme des ’partenaires économiques’, lance un défi au syndicalisme des années 1990. Ce défi, nous tenterons de l’illustrer par deux exemples d’entreprises relevant des secteurs de la sidérurgie et de la métallurgie. Si les principes et les objectifs du management participatif sont relativement bien cernés, l’application concrète dans les entreprises fait l’objet d’expériences différentes, qui évoluent en fonction des rapports de force et conditions économiques et sociales. Les composantes de la culture d’entreprise ne sont pas dissociables du fonctionnement du marché du travail et des politiques d’emploi, même si le discours patronal n’évoque souvent ce lien que de manière implicite. Cockerill Sambre pratique le management participatif depuis six années : près d’un travailleur sur cinq sont impliqués dans la démarche des cercles. A Caterpillar, une organisation, centrée sur les produits et intégrant les fonctions de conception, de fabrication et de marketing, a été mise en place
Courrier hebdomadaire
Cockerill-Sambre. De la fusion à la ’privatisation’ 1981-1989
Courrier hebdomadaire n° 1253-1254, par Michel Capron, 66 p., 1989
L’annonce, le 16 janvier 1981, du projet de fusion entre les sociétés Cockerill à Liège et Hainaut-Sambre à Charleroi, souffrant d’importants déficits financiers, avait, en son temps, provoqué des réactions diverses dans les milieux politiques, économiques et sociaux des deux bassins sidérurgiques. Près de neuf ans plus tard, en septembre 1989, l’offre en souscription publique d’actions nouvelles de Cockerill Sambre suscite un engouement certain, consécutif au retour de Cockerill Sambre à la rentabilité après des années de bilans largement déficitaires. L’évolution qui a mené Cockerill Sambre en neuf ans d’une situation sinon de quasi-faillite du moins de grande précarité à un redressement financier mérite d’être analysée de plus près, en ses multiples composantes. Cockerill Sambre, ne l’oublions pas, constitue l’ultime maillon d’une longue chaîne de regroupements, de fusions, de fermetures d’outils, qui a marqué l’histoire de la sidérurgie wallonne depuis le milieu des années 50. La crise mondiale de l’acier a frappé, dès la fin 1974, une sidérurgie wallonne où, sous l’impulsion des groupes Frère et Cobepa, s’opéraient des restructurations financières et d’importants investissements dans les sociétés du Triangle de Charleroi, tandis que Cockerill, à Liège, – dont une division, la Providence, était située à Charleroi – installée dans une routine de production bien établie, fournissait année après année d’appréciables dividendes à la Société générale de Belgique et au groupe Bruxelles Lambert. A l’époque, la sidérurgie wallonne souffrait d’importants handicaps la rendant particulièrement vulnérable à la crise sidérurgique : juxtaposition chaotique d’installations industrielles modernes et vétustes, production axée essentiellement sur des produits laminés peu élaborés (produits longs à Charleroi, produits plats à Liège), large dépendance à l’égard des marchés extérieurs (principalement la CEE), politique commerciale agressive mais peu structurée en réseaux commerciaux stables, investissements à moyen terme destinés à accroître les capacités de production, coûts de production (matières premières, énergie, salaires) élevés, multiplicité de conflits sociaux, carences de gestion, retards technologiques, etc. Dès 1975, les effets de la crise se sont marqués par la chute des prix et des ventes induisant d’importants déficits financiers qui ont amené les groupes privés à réclamer l’intervention des pouvoirs publics, après avoir longtemps ignoré le Comité de concertation de la politique sidérurgique (CCPS). Les premiers jalons de la restructuration de la politique sidérurgique, posés par les deux Conférences nationales de l’acier (mars 1977 et mai 1978), marquaient aussi, apparemment, la fin de toute perspective de constitution d’une sidérurgie wallonne, après les accords d’Hanzinelle (mars 1978). Ces accords privilégiaient l’axe Arbed-Charleroi-Sidmar, au détriment de Cockerill et des sidérurgistes ’indépendants’ (Forges de Clabecq, Boël). Le premier Plan Claes (novembre 1978), en même temps qu’il inaugurait l’entrée des pouvoirs publics dans le capital des entreprises sidérurgiques, replaçait le secteur de l’acier au centre d’antagonismes régionaux nés lors de la création de Sidmar en 1962. Préludant à la constitution de Cockerill Sambre, en juin 1981, le second Plan Claes (mai 1981) introduisit le principe du ’traitement équivalent’ entre sidérurgies wallonne et flamande, qui sera le catalyseur des querelles régionales liées au financement de Cockerill Sambre. Le Plan Gandois adopté par le gouvernement Martens V en juillet 1983, s’il réussit à générer un compromis, n’a pas suffi néanmoins à endiguer la revendication de la régionalisation des secteurs nationaux. Celle-ci a finalement été consacrée par les lois d’août 1988 et de janvier 1989. Entre-temps, Cockerill Sambre a connu une trajectoire mouvementée, dont nous nous efforcerons de retracer les grands axes et de repérer les principales caractéristiques, sans prétendre aucunement à l’exhaustivité. Les plans de restructuration : les Plans Claes (novembre 1978, mai 1981), Vandestrick (1982), Gandois (1983), Levy (1986), se sont en effet succédés, avant de voir Cockerill Sambre connaître les prémices d’un retour à l’équilibre financier en 1988, retour soutenu par la conjoncture favorable du marché de l’acier. Nous nous attacherons à analyser et à évaluer la portée et les effets de ces différents plans sous les angles industriel, économico-financier et social. En 1988-89, c’est une nouvelle société Cockerill Sambre qui émerge : la structure industrielle est simplifiée, la production fournit pour l’essentiel des produits plats hautement élaborés, le réseau commercial est unifié, les filiales étrangères sont regroupées, l’endettement a diminué et les bénéfices sont de retour. Portée par une conjoncture sidérurgique favorable, Cockerill Sambre est redevenue une entreprise sidérurgique performante et le groupe Cockerill Sambre figure en bonne place parmi les conglomérats sidérurgiques européens. Le coût social et financier du redressement de Cockerill Sambre est, par ailleurs, particulièrement lourd. Faisant suite aux importantes pertes d’emplois intervenues depuis la fin 1974, on constate qu’en six ans, entre fin 1982 et fin 1988, le volume de l’emploi a chuté de 42%, passant de 22.940 à 13.287 sidérurgistes, l’objectif étant, de surcroît, d’occuper 10.000 personnes en 1990. Cette hémorragie d’emplois n’a été que très partiellement compensée par les initiatives de reconversion régionale appuyées à Liège par Meusinvest et à Charleroi par Sambrinvest. Les deux bassins sidérurgiques frappés par la crise n’ont pas connu, jusqu’à présent, de vague de créations d’entreprises permettant de remailler le tissu économique régional. D’autre part, au moment où Cockerill Sambre redevient accessible à l’actionnariat privé, l’on ne peut passer sous silence les dizaines de milliards de fonds publics engloutis dans le processus de sa restructuration. Une ’privatisation’ du géant sidérurgique wallon pourrait sans doute, à terme, attirer les mêmes holdings privés qui avaient laissé le soin aux pouvoirs publics d’assumer seuls une restructuration sidérurgique particulièrement onéreuse... La question de fond reste dès lors posée : si Cockerill Sambre a retrouvé la santé, le coût financier et social de sa convalescence n’a-t-il pas été excessif ?