L’édition de l’ouvrage élaboré par Michel De Vroey en vue de la présentation d’un doctorat à l’Université Catholique de Louvain s’inscrit tout naturellement dans la ligne d’autres travaux publiés par le CRISP. Déjà en 1962, dans la préface à la première édition de Morphologie des groupes financiers. Jean Meynaud s’interrogeait sur le bien-fondé de la thèse selon laquelle « le régime capitaliste serait désormais aux mains d’une couche de managers ou technocrates professionnels n’ayant pas ou n’ayant que peu de liens de propriétaires avec les entreprises dont ils assument l’administration ». Jean Meynaud esquissait à ce propos des orientations de recherche et en précisait les conditions : « Le recours à une typologie dualiste n’aurait véritablement d’intérêt pour la discipline économique que si l’analyse positive faisait ressortir des différences de comportement entre les uns et les autres, par exemple au niveau des décisions d’investissement (...). Autre question : la nature et la qualité des relations s’instituant entre les hommes des deux catégories ». Le premier mérite de Michel De Vroey est de reprendre le débat dans son intégralité, au fil d’une analyse critique de l’abondante littérature, principalement américaine, consacrée au sujet. Un autre apport du présent ouvrage concerne les méthodes : la nouvelle approche proposée consiste essentiellement en l’élaboration d’une échelle des modalités d’intervention, intégrant le jeu des divers éléments que constituent les niveaux d’organisation, les domaines décisionnels et les zones d’intervention. En sa dernière partie, qui est aussi la plus étendue, l’ouvrage apporte une contribution extrêmement intéressante à la connaissance des situations concrètes dans notre pays. Il le fait sous le biais de l’application de la méthode évoquée ci-dessus au cas d’une quarantaine de grandes entreprises industrielles belges. Il rejoint ainsi les lignes directrices majeures des travaux du CRISP : d’une part, la volonté d’élucider le réseau des liaisons notamment financières qui enserre les principaux agents de la vie économique ; d’autre part, la volonté d’éclairer les mécanismes de la décision et de mesurer la part d’influence des divers intervenants.