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Le 17 janvier 1961, deux cents jours après la proclamation de l’indépendance du Congo, Patrice Lumumba est frappé de mort violente à Elisabethville. Fondateur du Mouvement National Congolais en octobre 1958, c’est lui qui, en juin 1960, au terme du régime colonial belge, avait formé le premier gouvernement souverain de la République du Congo, En quelques semaines, il lui fut donné de connaître l’éclatement de l’ancienne Force Publique, l’intervention militaire belge, la sécession du Katanga et du Sud-Kasaï, l’action des casques bleus des Nations-Unies, les guerres tribales du Kasaï, la rupture brutale de son alliance avec le président Kasa-Vubu, le coup d’État militaire du colonel Mobutu, la mise en résidence surveillée à Léopoldville, l’emprisonnement à Thysville et les menaces de mort. Vivant, Lumumba fut une personnalité qui suscita autour d’elle des passions contradictoires, Mort, Lumumba continue à peser sur la vie et le destin du Congo et de l’Afrique : c’est sur son nom que s’affrontent les groupes et les pays ; c’est au nom de la fidélité à sa mission que des masses vont à la rébellion armée contre le pouvoir établi. Créatrice d’un mythe dont la, force dépasse celle de l’homme qui lui donne son nom, la mort de Lumumba reste, aujourd’hui encore, un mystère à bien des égards. Les conditions dans lesquelles elle s’est produite sont mal connues et les versions les plus contradictoires ont été diffusées, parfois dans le but de détruire des adversaires et de jeter le discrédit sur la politique qu’ils incarnent. L’ONU n’a pu élucider certains aspects décisifs de ce destin tragique : des témoins se sont dérobés ; des sources lui furent inaccessibles. Il reste essentiel pour l’avenir politique du Congo que la vérité tout entière soit faite un jour sur les circonstances de la mort de Lumumba, et surtout sur le contexte dans lequel elle s’est inscrite, sur les mécanismes qui ont déterminé l’événement et sur les principaux acteurs dont la responsabilité est engagée à des degrés divers. Il ne nous appartenait pas de faire ici œuvre de procureur ou d’enquêteur de police, d’autant que nous n’en avions ni les moyens ni les pouvoirs. Nous avons par contre mené une enquête politique approfondie. Nous avons voulu conserver au travail un caractère principalement descriptif, éclairant les faits et les mécanismes, sans faire le procès de telle ou telle personne. Souvent même, pour ne pas compromettre la sécurité des intéressés, nous n’avons pas mentionné certains noms, dont la publication n’eût pas fourni de complément important pour la compréhension des faits. Nous avons aussi eu le souci de situer l’événement dans le climat passionnel de l’époque : par le texte, par l’image et par des documents sonores dont l’authenticité nous permet une approche vivante d’une vérité difficile à saisir, Notre enquête a exigé de nombreuses recherches et de multiples interviews en Belgique, au Congo et à l’étranger. Nous n’avons pas obtenu ou trouvé tout ce que nous aurions souhaité. Bien des pistes sont d’ailleurs définitivement brouillées. Néanmoins, notre recherche patiente et objective nous a permis de mieux cerner les faits réels, d’écarter des informations tendancieuses ou fausses, d’éliminer des interprétations intéressées ou polémiques. Le cadre de notre narration est solide : c’est à l’intérieur de ce cadre que s’inscrit la vérité, toute la vérité qu’il sera peut-être nécessaire et possible de faire un jour avec les moyens adéquats.