> La
création de la Région
La
Wallonie dans l’Etat unitaire belge : naissance d’une
identité
En
1831, le royaume de Belgique est un État unitaire dont le
territoire est divisé en neuf provinces. Le français est la
langue des élites, et la seule langue officielle. La question
linguistique va progressivement conduire à une remise en cause
de l’État belge unitaire. Le mouvement flamand naît dans les
années 1840 ; du côté wallon, il n’y a pas de mouvement destiné à défendre
ou promouvoir l’emploi des langues wallonnes. Les lois
linguistiques des années 1870, timides premiers pas vers le
bilinguisme de l’État, suscitent en l’inquiétude des
francophones. Aussi, des sociétés de défense wallonnes voient
le jour à la fin du XIXème siècle, essentiellement là où la
bourgeoisie francophone se sent menacée, en Flandre et à
Bruxelles, où se tient le premier Congrès wallon en 1890. Par
la suite, des ligues wallonnes se constituent et, en 1912, un
nouveau Congrès wallon rassemble de nombreuses personnalités
libérales et socialistes. De ce Congrès est issue la première
Assemblée wallonne, dont Jules Destrée est le premier président.
Sa célèbre « Lettre au roi sur la Séparation de la
Wallonie et de la Flandre » (1912) a un retentissement
durable.
L’entre-deux-guerres :
la deuxième législation linguistique
En
1918 est décidée l’instauration du suffrage universel
masculin. Cumulé au système de représentation
proportionnelle, il instaure le régime des coalitions
gouvernementales et suscite le développement d’une culture de
compromis entre les partis.
La
question linguistique est un facteur grave d’instabilité
pendant l’entre-deux-guerres. Dans les années 1930, des lois
linguistiques consacre progressivement l’unilinguisme de la
Flandre et de la Wallonie. Durant ces années se succèdent
aussi des projets de réforme de l’Etat unitaire, particulièrement
du côté flamand, et les premières défenses de l’idée fédéraliste
apparaissent. Le mouvement wallon est divisé en plusieurs
branches : l’Assemblée wallonne, qui vise
essentiellement la défense de la Wallonie et des Wallons dans
le cadre de l’État unitaire, et la Concentration wallonne,
plus radicale, qui revendique « le droit pour les Wallons
à disposer d’eux-mêmes ».
L’après-guerre :
la relance du Mouvement wallon
Après
la Libération, la reconstruction du pays, la solution de la
Question royale (qui est révélatrice d’une ligne de fracture
entre opinions flamande et wallonne), puis la guerre scolaire
mobilisent les énergies. Pour étudier les solutions à
apporter au problème linguistique, un centre de recherche
-le Centre Harmel –est créé en 1948. Des mouvements
wallons de sensibilité différente s’étaient constitués
sous l’Occupation : Wallonie libre (où l’on retrouvait
des socialistes et des libéraux), Wallonie indépendante
(tendance communiste), Wallonie catholique. Après un premier
Congrès national wallon tenu à Liège dès 1945, le deuxième
Congrès wallon, tenu à Charleroi l’année suivante, adopte
un projet d’État fédéral composé de deux régions et
d’une ville fédérale, Bruxelles (projet Grégoire – Rey déposé
à la Chambre en 1947). Les Congrès wallons se succèdent désormais
à un rythme bisannuel ; d’autres organismes wallons sont
créés, tels le Conseil économique wallon.
Aux élections de 1954, la Christelijke Volksunie – Volksunie
dès 1958 - entre au Parlement.
Les
années soixante : la fixation de la frontière
linguistique
La
Question royale résolue et le Pacte scolaire signé, les
questions linguistiques reviennent à l’avant-plan au début
des années soixante. Le Mouvement wallon gagne en popularité :
il reçoit l’appui de larges forces syndicales. Le Mouvement
populaire wallon (MPW) est créé sous la présidence d’André
Renard. D’autres mouvements, Wallonie libre, Rénovation
wallonne, ou encore le Mouvement libéral wallon sont réactivés
ou créés. A partir de 1962, est constitué
un Comité central d’action wallonne et un Collège exécutif
de Wallonie. Ce Collège lance en 1963 une vaste opération de
collecte de signatures : le pétitionnement, succès
populaire qui reste sans effet concret.
Alors
que le Mouvement wallon, dans un contexte de crise charbonnière,
est en faveur d’une autonomie qui permettrait des réformes de
structures, le mouvement flamand demeure plus axé sur
l’autonomie culturelle. Quant aux habitants de Bruxelles, peu
favorables à une décentralisation de la prise de décision,
ils demeurent mobilisés pour défendre leur langue et leur
statut, comme en témoigne la création, en 1964, du FDF, qui
deviendra dans la décennie suivante le premier parti à
Bruxelles. Le sort
de Bruxelles dans la régionalisation constitua longtemps un
obstacle à la réforme des institutions.
La
création du FDF répond largement à l’adoption en 1962
d’une loi qui fixe le tracé des frontières linguistiques, délimitant
quatre régions linguistiques : la région de langue française,
la région de langue néerlandaise, la région de langue
allemande et la région bilingue de Bruxelles-Capitale (français-néerlandais),
constituée par les dix-neuf communes.
D’autres
lois linguistiques concernent l’emploi des langues en matière
judiciaire et administrative, dans l’enseignement et en matière
diplomatique. La fin des années soixante est marquée par une
crise politique importante, le transfert de la section française
de l’Université catholique de Louvain, et
la scission du parti social chrétien en deux partis différents.
Dans ce contexte est créé le Rassemblement wallon (RW).
Tout comme le FDF, il se présente comme un parti pluraliste et
rassemblait des militants et des candidats issus de diverses
formations politiques.
La
réforme constitutionnelle de 1970 : les Communautés et
les Régions
En
1970 se déroule la première étape du processus de réforme
des institutions. De nouvelles structures sont introduites entre
l’État central et les provinces. La Constitution est modifiée
pour reconnaître l’existence de trois communautés
culturelles et de trois régions. On établit un Conseil
culturel pour la communauté culturelle française et un Conseil
culturel pour la communauté flamande, composés des membres de
chacun des deux groupes linguistiques de la Chambre et du Sénat.
Ils peuvent régler par décret les matières culturelles,
l’emploi des langues et certains aspects de l’enseignement.
Le Conseil de la Communauté culturelle allemande, composé de
25 membres élus ainsi que des députés et sénateurs domiciliés
dans l’arrondissement électoral de Verviers, est créé par
une loi en 1973, et possède un rôle consultatif et réglementaire.
Le principe de l’existence des trois régions n’est pas
immédiatement suivi d’effets concrets. Il y a d’abord une
phase dite de régionalisation préparatoire, en 1974, avec la
mise sur pied de comités ministériels régionaux et de
Conseils régionaux, composés de sénateurs (et en outre, à
Bruxelles, de membres du Conseil d’Agglomération) et doté
d’une compétence seulement consultative.
Toujours
en 1970, une première décentralisation économique intervient
avec la mise sur pied de trois conseils économiques régionaux
(Flandre, Wallonie, Brabant), assemblées consultatives rendant
des avis en matière de développement économique, et des sociétés
de développement régional.
1980-1983 :
les organes politiques des Communautés et des Régions
A
la fin des années 1970, les projets de réforme des
institutions constituent un facteur d’instabilité
gouvernementale important. Un premier accord sur la régionalisation,
connu sous le double nom de Pacte d’Egmont – Accords du
Stuyvenberg n’est pas mis en oeuvre. En lieu et place, la loi
du 5 juillet 1979 crée des institutions communautaires et régionales
provisoires, dont les exécutifs étaient constitués, à
nouveau, de membres du gouvernement national.
A
la suite d’une nouvelle crise politique, les francophones se résignent
en 1980 à retarder la création des institutions bruxelloises,
afin de permettre la conclusion d’un accord sur la réforme
des institutions. La révision de la Constitution et la loi spéciale
de réformes institutionnelles du 8 août 1980 étendent les
compétences des Communautés aux matières personnalisables
(santé + aide sociale), octroient des compétences aux Régions,
et mettent en place les organes des Communautés et de la Région
wallonne, les compétences de la Région flamande étant exercées
par la Communauté flamande.
Les
institutions de la Communauté germanophone ne sont mises en
place qu’en 1983, définissant ses compétences aux mêmes
matières que celles pour lesquelles les deux autres Communautés
étaient compétentes – à l’exception de l’emploi des
langues – et prévoyant la possibilité pour la Région
wallonne de transférer l’exercice de certaines compétences
à la Communauté germanophone.
Durant
la seconde moitié des années 1980, la question de
l’opportunité d’une fusion des organes de la Région
wallonne et de la Communauté française est posée avec
insistance. Parallèlement, le mouvement Wallonie Région
d’Europe redonne corps à un mouvement politique wallon. Il
tient son premier Congrès à Charleroi en 1988.
1988-89 :
l’élargissement des compétences des Communautés et des Régions
et la création des institutions bruxelloises
En
1988-89, une nouvelle révision de la Constitution et de
nouvelles lois de réformes institutionnelles dont la loi spéciale
du 12 janvier 1989 relative aux institutions de la Région de
Bruxelles-Capitale sont adoptées. Les compétences des
Communautés et des Régions sont élargies, et les institutions
de la région de Bruxelles-Capitale sont installées.
L’installation
définitive des institutions de la Région wallonne à Namur,
la création effective des institutions de la région de
Bruxelles-Capitale et les problèmes financiers de la Communauté
française relancent le débat autour de l’opportunité de son
maintien.
la
Wallonie dans l’Etat fédéral
Le Gouvernement
central mis en place en mars 1992 instaure un dialogue de
communauté à communauté qui débouche sur une nouvelle réforme
institutionnelle. En 1993, une nouvelle révision de la
Constitution et de nouvelles lois de réformes institutionnelles
achèvent de transformer l’État belge en un État fédéral.
Les compétences des entités fédérées (Régions et Communautés)
sont étendues tandis que les institutions de l’État central
sont elles aussi réformées (composition et rôle du Sénat,
notamment).
Suite à un accord
entre francophones, la Communauté française transfére le 1er
janvier 1994 l’exercice de certaines compétences à la Région
wallonne et à la Commission communautaire française (Cocof).
Le transfert porte sur la quasi-totalité des matières
personnalisables et sur quelques matières culturelles.
Le 1er janvier 1995, la province de Brabant cède
la place à la province de Brabant flamand et à la province de
Brabant wallon.
En 2001, une nouvelle
réforme institutionnelle étend les compétences des Régions
en matière d’agriculture, de pouvoirs locaux et de commerce
extérieur.